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ITA : viser plus que le remaniement d’une structure administrative

Denise PROULX ,

La région du Kamouraska est réputée pour sa vitalité régionale. C’est dans cette région que sont nées d’importances initiatives citoyennes qui ont rattaché l’agriculture à ses autres fonctions sociales et environnementales, voire culturelles et patrimoniales.  On n’a qu’à penser à l’Union Paysanne, à la Société des plantes, au Centre d’expertise et d’animation en patrimoine Ruralys qui influencent la vision de l’occupation du territoire au Québec depuis 30 ans.  Et qui plus est, cette présence citoyenne s’est établie tout en maintenant un dialogue constructif avec les agriculteurs conventionnels.  Il ne fait pas de doute que l’Institut de technologie agricole (ITA) de La Pocatière a contribué à ce dynamisme régional.

Or, qu’il faille s’adresser au premier ministre Couillard pour pérenniser l’avenir de l’Institut touche à l’absurde. Cela devrait aller de soi que l’ITA demeure ouverte et soit rattachée à l’institution d’enseignement la plus près de la communauté. Il serait illusoire de croire qu’une société d’État répondant au bureau du ministre de l’Agriculture et dont les membres seront nommés par celui-ci, puisse jouer un leadership indépendant d’intérêts cachés.

Mais là n’est pas mon propos.  

Je déplore que la politique prenne le dessus sur la mission que tout ce monde devrait repenser, à propos de l’ITA de La Pocatière et tant qu’à faire, de celle de Saint-Hyacinthe.

La multifonctionnalité agricole

Cette mission à revoir, c’est la prise en compte des enjeux sociaux, environnementaux, culturels, sanitaires et sécuritaires qui doivent s’ajouter à parts égales aux enjeux agronomiques et économiques prioritairement enseignés dans les ITA actuelles et autres écoles d’agriculture.

La nouvelle entité qui dirigera l’ITA doit renouveler le rapport des agriculteurs à l’agriculture et afficher clairement un parti pris en faveur de sa multifonctionnalité.

Car, même si les agriculteurs conventionnels sont encore majoritaires dans le paysage rural du Québec, il s’installe lentement mais sûrement une nouvelle vision de l’agriculture, soutenue par des citoyens et des agriculteurs qui ont à cœur que le travail de la terre soit plus inclusif de la biodiversité, de la santé publique, du paysage, des changements climatiques, pour ne nommer que ceux-ci.

À ce jour, la formation agricole, qu’elle soit rattachée aux universités, aux cégeps ou aux commissions scolaires, est encore très fortement au service de l’agriculture productiviste.

Là où il s’offre des cours traitant de la multifonctionnalité de l’agriculture, ces formations subissent des pressions de rentabilité qui ont l’effet de les réduire comme une peau de chagrin. Sans parler des préjugés qui découragent son introduction dans la gestion quotidienne d’une ferme.

Des attentes des consommateurs

Pourtant, les études de l’Observatoire pour la consommation responsable, ou encore le rapport portant sur «  l’Analyse des enjeux de la multifonctionnalité de l’agriculture québécoise dans les zones d’intensification agricole et sous influence forte influence urbaine », remis au MAPAQ en février 2015, indiquent clairement que les agriculteurs trouveraient plusieurs avantages à penser globalement leur travail et leurs actions dans leur communauté

Et je ne parle pas des rencontres citoyennes régionales qui dévoilent que les consommateurs veulent dorénavant une agriculture de proximité, soucieuse d’intégrer les valeurs environnementales et sociales.

Oui, il est opportun de maintenir les ITA et de leur assurer une pérennité en les ancrant aux valeurs du territoire où elles rayonnent.

Mais il m’apparaît encore plus primordial de profiter de ce brassage de structures pour qu’elles se hissent au niveau des enjeux sociaux, environnementaux, culturels, sanitaires, sécuritaires et économiques du 21e siècle. 

En d’autres mots, tant qu’à vouloir maintenir les ITA existantes, les leaders politiques et locaux seraient bien avisés d’en faire de véritables lieux de la multifonctionnalité en agriculture, plutôt que de craindre la compétition qu’elles se livreront pour offrir un enseignement axé sur les dernières avancées agroéconomiques.