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«Ma crainte ne vient pas de Washington, mais d’Ottawa », dit Charlebois

Yannick PATELLI ,

Sylvain Charlebois, Doyen de la Faculté de Management et d’Agriculture de l’Université de Dalhousie et conférencier lundi soir à L’ANCQ ( Association des négociants en céréales du Québec ) au Manoir Rouville-Campbell,  a fait un tabac devant  un public de plus de 150 personnes. Le chercheur qui a le sens de la formule sait séduire son public. De plus ce soir-là, le thème de conférence portait sur Trump, le futur président des États-Unis qui fait tant parler depuis qu’il a gagné la course à la présidence américaine et qui sera dans quelques jours le 45e président des États-Unis. Sujet on ne peut plus tendance ! Charlebois a clairement démontré que l’inquiétude qui l’habite n’est pas tant liée à l’arrivée de Trump au pouvoir à Washington, mais bien plus liée aux actions de Justin Trudeau et de son gouvernement à Ottawa dans les prochaines semaines.

Charlebois fait le parallèle entre Trump et Kennedy !

Lorsque Sylvain Charlebois questionne son public dans la salle pour savoir quel président américain du passé lui rappelle Donald Trump, celui-ci est unanime et répond: « Reagan», mais Charlebois le surprend en disant que pour lui c’est Kennedy. Il rappelle alors que Kennedy comme Trump est arrivé au pouvoir après une convention difficile, mais aussi que les deux ont su utiliser les médias efficacement : la télévision dans le cas de Kennedy, les réseaux sociaux dans le cas de Trump. Il précise ensuite que rien ne nous dit que le Trump d’aujourd’hui sera celui de demain puis raconte à son auditoire qu’il est important de lire le livre écrit par le milliardaire au tout début de sa carrière : «The Art of the deal» dans lequel Trump donne les clefs de son fonctionnement.

La théorie du chao entretenue par les tweets

Sylvain Charlebois expose alors la théorie de Trump : « Trump explique dans ce livre que cela prend des leviers de pouvoir et que pour être fort cela prend aussi des ennemis qu’il faut reconnaître publiquement». Pour  le professeur de Dalhousie, les ennemis actuels de Trump sont bien sûr les Chinois et les Mexicains. Son levier serait la Russie.

Charlebois expose ensuite que Trump dans ce même livre défend la théorie du chao pour que « l’ennemi ne sache pas ce qu’il va faire». Pour Sylvain Charlebois c’est cet esprit de la théorie du chao qu’entretient Trump en twittant,

« Il faut comprendre que son style ne changera pas, mais qu’il changera possiblement d’amis et d’ennemis» de dire Charlebois. C’est pour Charlebois dans L’ADN des Américains de toujours avoir un ennemi et de changer leurs relations avec leurs amis.

« Actuellement c’est le règne du nationalisme économique et ça va s’imposer sur d’autres économies sauf au Canada car on est trop dépendant des États-Unis. J’espère que Trudeau a compris cela». Pour Sylvain Charlebois si le Canada n’aura pas le choix que de garder une relation constructive avec nos voisins du sud, il estime que L’Europe, le Japon seront au fil des mois à venir de plus en plus protectionnistes. Par ailleurs concernant le PTP ( Partenariat TransPacifique), il assure que celui-ci est d’ores et déjà aux oubliettes.

Sur l’ALENA

 Si plusieurs craignent que Trump renégocie l’ALENA, Sylvain Charlebois nous rappelle que le futur président des États-Unis n’a jamais dit le mot Canada lorsqu’il critique l’ALENA. Le chercheur de l’université de Dalhousie se dit plus inquiet de ce qui se passe à Ottawa qu’à Washington en ce moment : « Faudrait pas répéter trop d’erreurs comme le tweet de Trudeau lors de la mort de Fidel Castro et notre politique d’immigration devra tenir compte de la peur des Américains,»

Sur l’agroalimentaire

« S’il est vrai que les producteurs américains ont demandé de mettre fin à la gestion de l’offre, faut voir que Trump n’a pas encore nommé de secrétaire à l’agriculture et que probablement il ne sait même pas ce qu’est la gestion de l’offre. Concernant le Farm Bill qui donne une vision aux Américains, je m’attends à des subventions importantes», de dire Charlebois.

Sur la gestion canadienne des relations internationales

« Justin Trudeau en nommant Chrystia Freeland qui est une bonne communicatrice qui parle cinq langues aux affaires étrangères a quand même passé un message d’arrogance. Ça me rend nerveux le fait qu’elle soit interdite en Russie au moment où Trump se rapproche de la Russie»

Sur notre économie

Sylvain Charlebois reconnaît que l’économie canadienne va plutôt bien, mais pas autant que celle des Américains. « Il faut comprendre que Trump par ses actions veut créer de l’inflation pour relancer l’économie »

Il faudra à nouveau compter au cours des prochains mois sur une économie liée au pétrole de dire Sylvain Charlebois.

Le mérite de la transparence

« Oui l’arrivée de Trump préoccupe, mais il y aura des opportunités. On entre dans une ère de diplomatie de ruelle, dans une ère d’imprésivibilité, mais aussi dans une période de transparence en comparaison avec la période Bush. Je le répète ma crainte n’est pas à Washington, mais à Ottawa. Il faut faire des affaires dans la vie et au Canada ça se passe avec les États-Unis. Ce que Trump va aimer du Canada, ce sont nos ressources. J’espère que Trudeau va le comprendre» de conclure Sylvain Charlebois.