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Paradis: Un départ au mauvais moment quand Québec a besoin d’un ministre fort à temps plein!

Yan TURMINE, agr. ,

Le départ de l’ex-ministre Pierre Paradis du ministère de l’Agriculture tombe à un bien mauvais moment. Son départ, des plus mouvementés, dans des circonstances malheureuses laisse le ministère de l’Agriculture fasse à plusieurs gros dossiers, de nouveaux et de plus vieux dossiers qui risquent de mettre à mal le monde agricole par leur ampleur grandissante. La protection des terres agricoles, la fiscalité foncière agricole, la gestion de l’offre et la renégociation fort probable de l’ALENA, sont des dossiers parmi d’autres pour lesquels le ministère doit faire face dès maintenant.

La nouvelle loi 122 sur les nouveaux pouvoirs donnés aux municipalités est à surveiller. Il est important que le ministre et ses fonctionnaires en face une analyse approfondie, certains articles de cette nouvelle loi pourraient affaiblir et créer de sérieuses brèches dans la loi sur la protection du territoire agricole. L’UPA et l’Institut Jean-Garon ont déjà manifesté ses craintes. Est-ce que le nouveau ministre sera assez fort pour voir au maintien réel de la loi sur la  protection du territoire agricole face à ses collègues du conseil des ministres ?

Le dossier des taxes municipales, un dossier dont-on va sûrement reparler. Le gouvernement a décidé de discuter avec les intervenants, suite au tollé qui a suivi la réforme du programme de remboursement des taxes foncières. N’oublions pas que depuis le début de l’année, c’est l’agence du revenu du Québec qui gère ce programme. Programme qui était géré auparavant par le MAPAQ. Ce programme était un des plus gros programmes en termes de crédit géré directement par le MAPAQ. Son transfert au revenu n’a sûrement pas été une bonne nouvelle pour le MAPAQ. À voir si le nouveau ministre aura le pouvoir réel de négocier non seulement avec les producteurs, mais aussi avec le ministère du Revenu qui semble être maintenant dans le dossier. N’oublions pas que ce programme profitait largement aux municipalités rurales, il est fort à parier que le ministère des Affaires municipales va se mêler des discussions, encore de bonnes discussions au conseil des ministres.

Le plus gros dossier, celui qui aura un impact majeur non seulement sur le monde agricole, mais sur l’économie du Québec, celui de la renégociation probable de l’ALÉNA. Certaines informations provenant des États-Unis laissent entendre que les produits laitiers seront sur la table de négociation. Une des raisons, les Américains pensent que ce secteur est prêt à une ouverture puisque que les laiteries canadiennes importent de leurs filiales américaines des matières premières laitières (le lait diafiltré) avec la bienveillance des différentes autorités canadiennes. Ces autorités pensent donc que maintenant il est temps d’ouvrir la frontière à l’ensemble des produits laitiers. Après les transformateurs canadiens, c’est au tour des consommateurs canadiens de profiter des bons prix. Cette fois-ci le gouvernement aura peut-être de nouveaux alliés: les transformateurs qui verront leur marché et leur profit attaqués (ceci est un commentaire sarcastique). Une chose est sûre, il va falloir que le ministre de l’Agriculture soit suffisamment convaincant pour mettre l’agriculture comme point prioritaire dans l’agenda des négociations du gouvernement,  surtout si d’autres secteurs sont attaqués par ces négociations.

Aujourd’hui, plus que jamais, le monde de l’agroalimentaire a besoin d’un ministre fort, à temps plein, pas d’un ministre qui partage deux ministères ou d’un ministre de complaisance comme cela a été trop souvent le cas dans le passé. On a besoin d’un vrai ministre qui peut convaincre et gagner l’accord de ses collègues afin d’imposer son agenda.