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La triste fin du «ministre» Paradis

Simon-Pierre Savard-Tremblay ,

C’en est fini de Pierre Paradis comme ministre de l’Agriculture. Il ne serait pas non plus particulièrement audacieux de parier sur le fait qu’il s’agit aussi de la fin de sa carrière de ministre tout court. L’homme a 38 ans de politique derrière la cravate, ayant été élu pour la première fois député de la circonscription de Brome-Missisquoi lors d’une élection partielle en 1980, alors que le Parti libéral était dirigé par Claude Ryan et le Québec par René Lévesque, dont le gouvernement venait de tenir un premier référendum sur la souveraineté. Un autre monde, en somme…

Le Québec a bien changé, mais Paradis restait à l’Assemblée nationale. Sous Jean Charest (2003-2012), Paradis a eu à ronger son frein, condamné à l’ennui de n’être nullement considéré comme un potentiel ministre par son chef et à devoir se contenter de n’être qu’un député totalement effacé. Pendant ces années de régime Charest, Pierre Paradis devait dormir debout, ne constatant pas que la politique changeait en profondeur. Peu à peu, le ministre s’est vu confier comme seule fonction d’être un visage officiel, roulant en limousine et coupant des rubans lors des grandes inaugurations, pendant que les vraies décisions se prennent ailleurs.

Il semble s’être réveillé de sa torpeur au mois d’octobre 2015 alors que, redevenu ministre depuis un peu plus d’un an sous Philippe Couillard, le ministre de l’Agriculture a échappé une petite phrase mal calculée en impliquant que le géant empoisonneur Monsanto était devenu plus puissant que le gouvernement du Québec. Il y a fort à parier que Paradis a eu des comptes à rendre auprès de son premier ministre : on n’attaque pas de tels intérêts sans en payer le prix. Aux États-Unis, on appelle Kinsley gaffe ce type de déclaration faite par un politicien lorsque celui-ci révèle une vérité de manière involontaire. Même vis-à-vis d’un enjeu aussi concret et fondamental pour la santé et l’environnement que celui-ci, le ministre admettait clairement que le gouvernement, qui était pourtant sur papier en droit de légiférer, choisissait de se lier lui-même les mains et de se coucher devant les grandes entreprises.

Deux mois plus tard, conformément à cette philosophie de l’inaction, le gouvernement a annoncé la tenue d’un sommet sur l’agroalimentaire, habituelle tactique politicienne pour gagner du temps et distraire le public. Consulter, puis consulter, pour finalement… consulter. Pour le gouvernement, c’est une formidable manière de se laver les mains de ses responsabilités. Nous n’avons pas fini de pleurer la mémoire de Jean Garon.

L’éclatant ministre, grand prophète, a aussi prédit la fin du système de gestion de l’offre advenant l’indépendance du Québec, en plus de la « destruction » d’une vache sur deux. L’enfer est bleu, le Paradis est rouge. En bon libéral, il lui était bien évidemment impossible de pointer du doigt que la véritable menace face à la gestion de l’offre vient d’Ottawa, qui compulsivement des accords de libre-échange tous plus dangereux les uns que les autres pour l’agriculture québécoise.

Au final, Pierre Paradis, désormais député indépendant, n’aura été qu’un symbole éloquent de ce gouvernement, représentant bien la démission politique de nos dirigeants.