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Parlons de sécurité alimentaire et de libre-échange

Denise PROULX ,

Les Québécois sont capables d’assurer leur propre sécurité et souveraineté alimentaire.  La révision de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est une occasion exceptionnelle de revoir notre rapport collectif à l’alimentation et sa manière de la produire.

Signé en 1995 entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, l’ALENA a profondément modifié notre agriculture.  Pour rassurer financièrement nos producteurs québécois, il a fallu adhérer sans nuances aux valeurs de la mondialisation et de l’industrialisation agroalimentaire.  Le Canada avait alors troqué la volonté du Québec à conserver sa souveraineté alimentaire contre l’ouverture de nouveaux marchés vers les États-Unis et le Mexique.  En analysant bien le cumul des statistiques, on constate que ce sont surtout les Américains qui ont envahi les marchés au nord et au sud de leur frontière.

En conséquence, les consommateurs québécois mangent ce qu’ils veulent en toute saison : la majorité des fruits et des légumes proviennent des États du Sonora et du Sinaloa au nord du Mexique, en vive compétition ceux de la Californie et la Floride.

Quelle souveraineté alimentaire ?

Il y a 35 ans, Jean Garon proposait que 80% des aliments consommés ici seraient produits par les producteurs québécois eux-mêmes. Il a financé la production en serres, l’amélioration des sols, soutenu le secteur des pêches.  

Aujourd’hui, malgré les politiques de souveraineté alimentaire suggérées par les ministres de l’Agriculture successifs, cet objectif de souveraineté alimentaire ne dépasse guère plus que 35%. Pire, l’arrivée au pouvoir du gouvernement Couillard a enfermé à double tour la souveraineté alimentaire, pour ne parler dorénavant que de sécurité alimentaire.

Or, la différence est énorme entre les deux : la souveraineté alimentaire est la capacité du peuple québécois de définir quelle alimentaire saine il veut consommer et les méthodes de production qu’il entend privilégier en cohérence avec ses valeurs, sa culture et ses lois relatives à l’environnement.

De son côté, la sécurité alimentaire ne s’intéresse qu’à la disponibilité aux aliments. Et au plus bas prix possible. La sécurité alimentaire ne se soucie pas de prioriser un approvisionnement d’abord québécois de nos supermarchés. Ni de prendre en compte les réalités environnementales diverses.

Or, ne nous leurrons pas.

Depuis 20 ans, majoritairement, les Québécois apprécient cette sécurité alimentaire. Nos plus gros producteurs ont développé des marchés vers les États-Unis, certains ont loué ou acquis des terres dans nos