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Le libre-échange, Justin et les bottes d’hiver

Simon-Pierre Savard-Tremblay ,

Ça y est, l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne a été voté par le parlement européen. Fidèle à lui-même, l’amuseur public qui nous sert de premier ministre, Justin Trudeau, a prononcé devant les députés du « vieux continent » un discours mielleux et truffé de formules vides de contenu. Le chef de notre gouvernement a plutôt fait miroiter aux Européens qu’ils pourraient s’acheter des bottes d’hiver à prix modique. Quelle profondeur et quelle pertinence ! Il ne faudrait cependant pas trop en demander à notre selfie man national.

Peu concerné par les multiples conséquences de l’AÉCG sur le Canada et le Québec, dont le sort des producteurs fromagers québécois, qui subiront l’entrée de 17 000 tonnes d’importations de plus (écrasant le potentiel de croissance du secteur des fromages fins au Québec et déclenchant une guerre des prix), Justin Trudeau ne fait qu’être conforme à ce qu’on s’attend de lui : accepter le libre-échange sans jamais poser de question. Il faut dire que la classe politique est unanime, ayant des intérêts à servir. Et on comprendra bien aisément que ces intérêts ne sont pas ceux du peuple.

Pour le ministre des Finances du Québec, le banquier Carlos Leitao, « le libre-échange est toujours positif ». Pour Pierre-Marc Johnson, qui « représente » (les guillemets sont importants…) le Québec dans les négociations sur l’AÉCG, ceux qui osent poser des questions sur le libre-échange sont comparables à ceux qui continuent à nier que la cigarette est nocive et que l’environnement se détériore, refusant donc l’évidence même. Quand une étude de l’Université Tuffs a démontré que l’Accord économique et commercial global (AÉCG) allait entraîner une baisse substantielle des budgets des États, augmenter les inégalités et détruire le secteur public, ce même Johnson s’est contenté de répliquer que le but de l’accord n’est pas de régler les problèmes sociaux. À l’automne dernier, la Vice-Présidente de la Chambre de commerce Canada-Belgique-Luxembourg, un lobby de firmes transnationales, cherchait à rassurer sur le fait qu’il n’y aurait pas, en Europe, d’invasion d’ours et de sirop d’érable. Seulement de bottes d’hiver, ajouterait sans doute Trudeau…

Dans le langage imbuvable de ceux qui nous gouvernent, refuser l’AÉCG c’est refuser le libre-échange, et refuser le libre-échange c’est refuser l’« ouverture », terme employé creusement pour désigner le Bien avec un grand B. Ainsi, s’opposer ou questionner un accord particulier de milliers de pages c’est refuser, de manière générale, l’idée de faire du commerce avec l’étranger. Peu importe le contenu de l’entente, il faudrait l’accepter sans rien dire au nom de l’« ouverture ». Nos gouvernants, déconnectés tant de la population que du réel, versent dans une certitude absolue, quasi religieuse, que de nous enfermer dans des traités extrêmement contraignants est la seule voie à suivre. Et tous ces gens prennent ensuite leur air ébahi en voyant que Donald Trump remporte la présidence américaine…