RSS
| Abonnement | Journal virtuel

La politique du quémandage

Simon-Pierre Savard-Tremblay,

Lorsque le budget canadien du ministre Bill Morneau a été annoncé il y a quelques semaines, ils furent unanimes, à Québec, à le dénoncer. Le gouvernement Couillard s’est dit « extrêmement déçu », ayant demandé des engagements financiers dans les trois grands projets de transport en commun qui l’occupent. Le premier ministre, quant à lui, a déclaré qu’il refusait d’avoir à choisir entre les trois projets, interprétant la position canadienne comme un message à l’endroit du Québec à l’effet qu’il devra n’en choisir qu’un parmi les trois. Quant au président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, il se demandait où pouvaient bien se trouver les députés québécois du Parti libéral du Canada, alors que nous en aurions besoin pour faire valoir nos intérêts. Du côté du Parti québécois, on a déploré l’absence de mesures pour aider l’industrie du bois d’œuvre alors que l’Accord de libre-échange nord-américain sera prochainement renégocié. 

En revanche, l’industrie de l’automobile ontarienne, qui n’a actuellement pas vraiment besoin de soutien, se verra octroyer une belle somme de 100 millions de dollars. C’est Jean-François Lisée qui a raison : Philippe Couillard n’est ni craint, ni respecté, à Ottawa. Et ça, c’est très triste pour le gouvernement du Québec qui aurait bien aimé un peu plus de coups de pouce de la part de leurs maîtres canadiens pour concocter un budget provincial encore plus « préélectoral » qu’il ne l’était.

Quoi qu’il en soit, cette politique du quémandage place le Québec dans une position d’extrême vulnérabilité. C’est pourtant ce que notre premier ministre propose de faire dans le dossier, qui s’étire en longueur, du « lait » diafiltré, lait qui n’en est pas vraiment un et qui est plutôt un concentré de protéines laitières, de plus en plus importé des États-Unis, à un prix très bas et sans droits de douane. Le 13 décembre dernier, en entrevue exclusive avec Yannick Patelli, Philippe Couillard avait déclaré que l’objectif était « de faire une annonce d’une réaction canadienne qui inclut le Québec » sur cet enjeu, ajoutant que son « excellent ministre » de l’Agriculture (à l’époque Pierre Paradis…) travaillait avec les autres provinces canadiennes afin d’en arriver à une position commune. Une « réaction canadienne qui inclut le Québec » suite à des contacts avec les provinces. La faiblesse de la réponse politique est des plus faibles, s’agissant de régler un problème qui s’étire depuis 15 ans.

Le Parti libéral du Québec est aux prises avec son idéologie. Soutenant sans nuances le Canada dans sa forme actuelle, il ne lui reste comme politique que le quémandage. Si Ottawa fait à sa tête et sacrifie l’agriculture québécoise, les libéraux se réfugieront dans l’indignation publique, ou encore dans les compensations, faisant alors assumer au contribuable les choix du Canada. Mais Ottawa a à servir bien d’autres intérêts que ceux du Québec. Dans le dossier de l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada, Ottawa a nettement choisi le bœuf de l’ouest au détriment du Québec. Dans celui du « lait » diafiltré, la position de l’Ontario et celle du Québec sont irréconciliables. Je pourrais même aller encore plus loin : dans le Canada, la gestion de l’offre –intimement liée aux besoins du Québec- est appelée à disparaître plus tôt que tard. Ce serait tellement plus simple si nous pouvions prendre nos propres décisions en toute… indépendance.

Crédit Photo: Le Devoir

La Vie Agricole

Météo media

Publicités

Distribution

 

 

Abonnement

Nous contacter

Conditions d'utilisation