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La politique: un frein pour l’avenir de la gestion de l’offre

Pierre NADEAU ,

En réfléchissant à l’évolution possible de la gestion de l’offre, il est difficile d’imaginer d’où proviendrait le leadership pour façonner une industrie moderne capable de prospérer suite aux défis croissants dont les plus récents concernent son existence même.  Le leadership devra faire consensus auprès de dix provinces, de dix groupes provinciaux de producteurs et d’une majorité significative de transformateurs dans plusieurs domaines. Qui au Canada pourrait avoir ce genre d’ascendant?  

Autrefois, il était possible de satisfaire tout le monde par d’importantes augmentations de prix, mais les prix administrés, même si négociés partiellement aujourd’hui, ne rencontrent plus la même acceptabilité  « politique ».  De même, il n’est plus aussi facile de compter sur le gouvernement pour élaborer des règles incompatibles avec nos engagements internationaux pour colmater des brèches dans nos tarifs d’importation. On commence à manquer d’imagination. Le monde continuera d’évoluer politiquement, technologiquement et économiquement, ce qui augmentera davantage les pressions sur la gestion de l’offre.

La gestion de l’offre est infiniment politique et c’est un domaine fédéral-provincial. Elle est administrée par dix provinces qui ont des perceptions très différentes, lesquelles sont sujettes à des changements de gouvernements fréquents. Il suffit qu’un représentant provincial ait une marotte particulière ou une méfiance envers une autre province pour faire déraper tout projet de réforme. De plus, les provinces moins riches en produits sous gestion de l’offre s’en servent comme monnaie d’échange pour obtenir des gains dans ces domaines ou ailleurs.

Aujourd’hui, le premier ministre de la Saskatchewan manifeste publiquement son désaccord sur la gestion de l’offre. Le fait que sa province détienne très peu de contingents de ces produits y est pour beaucoup. Il estime sûrement que sans gestion de l’offre, sa province ne pourrait faire pire et il a peut-être raison. Depuis déjà une quinzaine d’années, les provinces de l’Ouest tentent par tous les moyens de faire des gains en contingents de denrées sous gestion de l’offre et laissent planer l’idée que le système pour eux n’est pas une idée de génie.

Aucune réforme du système n’est envisageable sans que les quatre provinces de l’ouest fassent un gain substantiel en contingents. Ces provinces sont proches de faire le pari que sans gestion de l’offre elles pourraient concurrencer les Américains et définitivement les autres provinces du Canada. Elles ont une meilleure économie d’échelle et elles le savent.

On semble oublier qu’il y a très longtemps, les gains des provinces de l’Est aux dépens de celle de l’Ouest se sont faits par l’achat légitime de contingents au prix du marché auprès de vendeurs enthousiastes. Aujourd’hui, c’est un peu comme si on voulait reprendre politiquement ces contingents un peu par la force et sans les payer.

La gestion de l’offre veut se moderniser alors que l’Ouest la retarde pour réaliser des gains provinciaux. Notons que ce n’est pas le seul aspect politique qui la vise. Uniquement sur cette question, on doit se demander si la gestion de l’offre est trop politique pour être modernisée et pour se positionner stratégiquement pour l’avenir?