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Ce que Jean Garon ferait face à Donald Trump!

Simon Bégin, porte-parole officiel Institut Jean-Garon ,

 

C’est vouloir chausser de bien grandes chaussures que de se risquer à imaginer ce que Jean Garon ferait face à Donald Trump s’il était toujours parmi nous. Mais, au moment où l’agriculture québécoise affronte des menaces sans précédent venues du sud de la frontière, ce petit billet se veut un hommage à celui qui fut un fin connaisseur de la politique américaine, presqu’autant qu’il le fut de la politique canadienne et québécoise.

Ainsi, je suis sûr que M. Garon aurait prédit la victoire de Trump sur Hillary Clinton.  D’une part, il s’est toujours méfié des sondages gagnants, et, d’autre part, il comprenait très bien et respectait le sentiment d’aliénation des gens éloignés des centres de pouvoir, gens des régions, gens moins éduqués ou moins fortunés. Ce sentiment qui a été le moteur de la victoire de Trump, M. Garon l’avait vu monter contre les gouvernements dont il a fait partie, toujours trop élitistes, arrogants et « montréalais » à son goût.  Mais contrairement à Trump qui a exploité honteusement ces divisions, il a toujours cherché à les atténuer par ses politiques de développement régional.

Lui qui a milité pour des idées depuis son plus jeune âge, qui a étudié le droit et l’économie pour entrer en politique comme on entre en religion et qui a toujours défendu des valeurs sociales-démocrates n’aurait pu qu’être indigné par l’élection d’un démagogue multimillionnaire qui ne s’est jamais battu que pour lui-même, qui pense tout savoir et qui répugne à lire un document de plus d’une page.  L’antithèse en somme de ce que devrait être un vrai politicien selon Jean Garon.

Ne pas paniquer

Cela dit, Jean Garon ne paniquerait pas devant Donald Trump et ses gros sabots en matière de libre-échange, contrairement à ce que l’on sent ces jours-ci dans le monde agroalimentaire canadien et québécois.  Paniquer, c’est négocier en état de faiblesse, c’est être prêt à faire des concessions avant même de commencer, c’est, par exemple, renoncer à la gestion de l’offre sans même de se battre. 

Ce n’était pas le genre de Jean Garon. Sans doute que cet ancien militaire ferait ce qu’il a souvent fait dans ses batailles qu’on disait perdues d’avance, contre le « gros » gouvernement fédéral : réfléchir, consulter, établir une stratégie globale et passer à l’action « à la Garon », c’est-à-dire à fond, sans ménager les moyens et sans faire de quartier.

Actuellement, alors qu’on entend dire de plus en plus ouvertement que la gestion de l’offre sera la monnaie d’échange du gouvernement canadien pour sauver les meubles dans d’autres domaines, dont le bois d’œuvre, les réactions de nos gouvernements et le silence relatif de l’UPA n’ont rien de garonniens.

Il y a, selon moi, deux choses que M. Garon ferait à l’aube d’une période qui s’annonce extrêmement difficile pour l’agriculture québécoise :  convoquer une conférence spéciale de tous les intervenants afin de développer une vraie coalition en faveur de la gestion de l’offre, pas juste un «show de pancartes»  comme on a déjà vu, et partir en campagne comme lui seul savait le faire afin de mobiliser l’opinion publique en faveur de cette cause.

Qui défend la gestion de l’offre actuellement dans l’opinion publique? Qui prend la peine de l’expliquer dans une langue compréhensible par tous? Ceux qui se souviennent de la bataille du Col-du-Nid-du-Corbeau menée par Jean Garon au début des années 80 contre une politique céréalière du fédéral qui aurait été catastrophique pour le Québec, savent ce que peut réaliser une offensive menée par un vrai leader à coup de publicité, de conférences de presse, de manifestations et d’assemblées régionales.

Une telle stratégie bâtit une position de force et, face à un homme comme Donald Trump qui ne comprend que la force, c’est la seule chose à faire.  C’est en tout cas ce que ferait Jean Garon face à Donald Trump.