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Purin à la Maison de l’UPA: L’écoeurantite aiguë touche bien des producteurs laitiers

Denise PROULX ,

Quoiqu’en disent Marcel Groleau sur les réseaux sociaux et Charles-Félix Ross à la radio, une écoeurantite aiguë accable de nombreux producteurs laitiers. Ils ont perdu confiance que leur syndicat unique les représente adéquatement. Un mouvement « Je suis épandeur », en appui au producteur Michel Fabry, a émergé dans les jours qui ont suivi.

À la manière du vaste mouvement de solidarité« Je suis Charlie », qui s’est créé spontanément lors de la tuerie au journal satirique en France, en janvier 2015, des producteurs ont décidé d’afficher leur mécontentement avec des pancartes sur leurs équipements agricoles et devant leur ferme, pour exprimer qu’eux aussi sont rendus au bout. « L’action menée par Michel Fabry, n’est qu’une première lumière rouge », a déclaré Claude Saint-Denis, un producteur laitier de la région de Saint-Hyacinthe, sur les ondes de Dutrizac, à la radio 98,5

L’UPA ne passe plus dans le champ

« L’UPA ne passe plus dans le champ » ajoutera-t-il en entrevue au journal La Vie agricole. Le producteur laitier estime que le syndicat unique encaisse pas moins de 5 millions de dollars en cotisation syndicale par année, mais que ses dirigeants ne font pas adéquatement leur travail. « Il y a un sérieux problème entre les producteurs et l’UPA. Ils ne nous écoutent plus. On est des producteurs de la base, de terrain. C’est une rivière qui nous sépare », donne-t-il en exemple.

Il demande la démission du directeur général Charles-Félix Ross et du conseil d’administration des Producteurs de lait du Québec, tout comme Michel Fabry.

Écoeurantite aiguë et fierté autour du geste de Fabry

Il n’est pas le seul à le penser. En fait, ils sont plusieurs aujourd’hui à dire que la grogne coure chez plusieurs producteurs laitiers avec un prix du lait en baisse constante et les inspecteurs du MAPAQ qui sillonnent les campagnes pour vérifier les fosses à purin.

« La frustration est à son comble. Pas juste dans le lait. Il y a une écoeurantite aiguë dans la manière dont l’UPA gère ses dossiers. Les gens ne vont plus aux réunions parce qu’ils sentent qu’ils n’ont plus rien à dire. Avec la nouvelle structure syndicale, maintenant, ça vient du haut vers le bas. L’UPA n’est plus à l’écoute », ajoute Pierre Fabry d’Henryville, bien fier du geste posé par son frère Michel.

Le producteur laitier d’Henryville en a contre le mode de fonctionnement de l’UPA qui ne permet qu’à des délégués d’élire le président qui les représentera dans leur syndicat local.

« En Montérégie Ouest, notre président local ne nous écoute pas. Il ne vient jamais nous voir. Il étouffe les manifestations que nous menons pour dénoncer des ententes sans bon sens. C’est très frustrant », dit-il.

Pierre Fabry juge inadmissible que les PLQ aient passé une entente avec les transformateurs sans jamais consulter au préalable les producteurs laitiers, comme s’ils étaient incapables de comprendre la complexité des enjeux.

Des radoteux qui vont chercher leur per diem

« C’est toujours la même gang qui prend les décisions, en haut. Ces gars-là ce sont des radoteux qui n’ont pas besoin d’être chez eux pour faire le train le soir. Ils vont chercher leur per diem, ils se racontent leurs histoires. Pas étonnant que les jeunes ne suivent pas. Ils ne s’attendent plus à rien de l’UPA », renchérit Claude Saint-Denis.

Une détresse bien réelle

Loin d’être le gars perdu et incohérent que l’UPA voulait bien faire croire, Michel Fabry est apparu solide dans ses convictions lors des entrevues accordées à quelques médias. Son geste, il l’a posé consciemment, pour faire bouger les choses.

Par contre, la détresse chez les producteurs laitiers est bien réelle, observe la travailleuse de rang Nancy Langevin, active dans la région Chaudière-Appalaches. « On ne peut pas statuer que c’est à cause uniquement de la gestion de l’offre. Mais il y a un très grand stress chez eux. Surtout chez ceux qui avaient fait des prévisions basées sur les revenus d’avant 2015 », explique-t-elle.

Elle note que la détresse découle d’une accumulation de troubles, comme la baisse du prix du lait, les déclarations de Trump,  la météo, les divorces, les deuils, les accidents. « On leur dit d’être efficaces et performants, on leur impose des normes, environnementales et de bien-être animal, mais les revenus ne suivent pas », déclare la travailleuse sociale.

 

Sur la photo principale, Claude St-Denis et si dessous, la pancarte posée par M.Fabry lors de l’épandage de purin à l’UPA, pancarte que l’UPA s’est empressée de retirer. Le troisième visuel est le logo « JE SUIS ÉPANDEUR DE PURIN» que plusieurs producteurs répandent sur les réseaux sociaux.