RSS
Vue Mobile
| Abonnement | Journal virtuel
Autosuffisance bandeau

« J’ai fait ça pour la relève agricole »

Denise PROULX ,

Lorsqu’il parle de relève agricole, Michel Fabry a juste besoin de lever un regard attendri vers ses deux filles. Véronique, jeune maman depuis quelques semaines, est associée avec lui sur la ferme depuis 2011. Quant à  Héloïse, étudiante en agronomie à l’Université Laval, elle y songe et elle hésite. « J’entends le cri du cœur que ça ne marche pas »,  raconte calmement le producteur laitier d’Henryville, en Montérégie Ouest, à l’occasion d’une rencontre avec La Vie agricole.

Ce fils d’un émigrant belge a l’agriculture tatouée sur le cœur depuis son enfance. Il représente la famille laitière typique qui occupe le territoire du Québec : un troupeau de 100 têtes, dont 65 vaches laitières, une relève apparentée, des travaux à forfait pour augmenter la capacité financière de la ferme de 75 hectares, achetée en 1985. Puis un engagement social envers son milieu de vie, si fort que l’agriculture est devenue non seulement sa passion, mais aussi celle de ses filles.

Lorsqu’il a pris la décision de se rendre à la maison de l’UPA à Longueuil avec un réservoir de 12 000 litres de lisier, il y avait quatre jours que le lait avait baissé de 3$ l’hectolitre.

« Ça fait huit mois qu’on a une entente avec les transformateurs. Lorsqu’on nous a montré l’entente de principe, on nous disait que tout allait bien se replacer. Huit mois plus tard, on revient au même prix qui a fait sortir les jeunes dans 17 manifestations, il y a un an. Donc l’entente n’est pas bonne », raconte Michel Fabry.

 

À moins de 70$/hectolitre, Michel Fabry calcule que plusieurs, surtout ceux qui ont une ferme depuis moins de dix ans, ne sont plus capables d’investir, après avoir payé les intrants et la main-d’œuvre. Les agriculteurs perdent 10% de leurs revenus bruts. « C’est comme si on n’avait plus de salaire », explique-t-il.

Transparence et écoute réclamées

Michel Fabry déplore que les négociations menées par les Producteurs de lait du Québec aient été faites sans consultation avec ses membres, quand ceux-ci pouvaient encore les influencer.

« On veut être là. On veut être consulté au fur et à mesure qu’ils négocient. Sur ce point, il faut que Les Producteurs de lait du Québec fasse son travail. On veut être concerné. Ils peuvent très bien venir nous voir avant de prendre une décision finale », revendique-t-il bien clairement.

Ce qu’il constate, c’est que les administrateurs des PLQ se font bien discrets depuis que le prix du lait baisse, malgré que plus de quotas aient été mis à la disposition des producteurs laitiers.

Véronique Fabry ne cache pas son inquiétude et ajoute sa voix à celle de son père. « Il manque de circulation d’informations », répète-t-elle.

Soutien des consommateurs

Michel Fabry constate que les consommateurs commencent à comprendre leur réalité depuis que les manifestations ont conduit plusieurs jeunes de la relève en face du parlement canadien à Ottawa.

Son geste spectaculaire à Longueuil lui a aussi amené des messages de sympathie de consommateurs qui disent « être de leur bord ».

Cela ne l’empêche pas d’être insulté par le geste de l’UPA qui, à ses yeux, en dit bien long sur l’attitude des dirigeants. Pendant qu’il était en observation à l’hôpital Pierre-Boucher, la direction a fait disparaître sa pancarte déclarant « On veut être payé pour notre lait et notre travail. Nous demandons la démission du c.a. des PLQ. Pis nos terres ne sont pas à vendre », évitant ainsi que le vrai message ne passe dans les médias qui sont accourus sur les lieux.

D’autres manifestations à venir

Michel Fabry dit avoir fait son bout de chemin. Mais il est convaincu que d’autres vont se réveiller si le prix du lait continue à baisser. Il souhaite que ce ne soit pas à la suite d’un drame.

« Moi, je voulais donner un espoir aux jeunes. On sent qu’actuellement les PLQ ne veulent représenter que les grosses industries. Pourquoi défaire les petites entreprises existantes ? Ici dans le rang, on est cinq producteurs laitiers. S’il n’y en avait qu’un seul, il y aurait un gros impact sur tout le territoire. Il n’y aurait plus de quincaillerie, plus de vétérinaire. Il faut que les producteurs osent plus le dire que ça ne va pas », lance-t-il avec un regard attendri vers Véronique et la petite Mahélie.