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Perdue demande l’abolition de la classe 7

Denise PROULX ,

Un dialogue de sourds prend lentement place entre les attentes du Canada et celles des États-Unis, si on se fie aux déclarations faites à la sortie d’une rencontre le lundi 5 juin dernier entre le ministre de l’Agriculture du Canada, Lawrence MacAulay et le Secrétaire à l'agriculture des États-Unis, Sonny Perdue. Alors que le ministre MacAulay a déclaré par communiqué qu'il a discuté «des priorités partagées et souligné l'importance du commerce agricole pour les économies canadiennes et américaines et la compétitivité du secteur», son homologue américain y est allé d’une déclaration directe en faveur de l’élimination de la classe 7 qui a diminué l’entrée du lait diafiltré au Canada.

«J'ai laissé très clairement entendre que nous estimons injuste la désignation de classe 7, a déclaré Perdue. La victoire rapide consisterait à éliminer le lait de classe 7, qui selon nous, constitue un contournement inacceptable des règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce)».

Selon le Secrétaire américain, cette classe 7 aurait permis aux agriculteurs canadiens de surproduire du lait, contribuant à la baisse des prix mondiaux.

« Le Canada protège son secteur laitier de la concurrence étrangère par des tarifs élevés sur les importations au-dessus d'un quota et contrôle la production nationale pour soutenir les prix.», a poursuivi Sonny Perdue.

Il considère que la législation canadienne est illégale.

Le Secrétaire Perdue s’en est également pris à la désignation de qualité supérieure du blé canadien et à la manière dont les vins américains sont mis en valeur dans les magasins et régie des alcools des provinces canadiennes.

Pas un mot sur le lait

De son côté, le ministre MacAulay a préféré valoriser les liens qui unissent le Canada et les États-Unis dans les domaines du commerce, de la science, de la réglementation et de l'environnement.

« Je suis convaincu que nous pouvons renforcer cette relation de manière équilibrée, ce qui nous permet de stimuler les résultats financiers des agriculteurs et de créer de bons emplois de la classe moyenne des deux côtés de la frontière ", poursuit-il dans une déclaration suivant la rencontre du 5 juin à Toronto.

Préparer la refonte de l’ALENA

Passablement plus explicite, le Secrétaire américain n’a pas caché que ces discussions « franches » étaient une prémisse à l’ouverture des négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui débuteront en août prochain.


« Ce n'est pas notre but d'essayer de gérer ou d'essayer de s'impliquer dans leur gestion interne de l'offre concernant l'industrie laitière. Le lait ultra-filtré n'a pas été inclus dans l'ALENA. Et j'ai bien précisé que la désignation de catégorie 7 que nous avions considérée était une action pour déstabiliser l'industrie américaine », a déclaré Perdue. «Il a empêché nos producteurs et cette industrie de l'expédition du lait ultra-filtré dans leurs usines de fromage, pourtant en demande au Canada. J'ai également dit que si vous voulez gérer votre approvisionnement en produits laitiers avec la gestion de l'offre, c'est très bien. Il vous suffit de le gérer et de ne pas trop produire pour créer une surabondance de solides de lait sur le marché mondial qui est déversé à des prix injustes. »

Plaidoyer en faveur du multilatéralisme

Le lendemain,  le mardi 6 juin, la ministre des Affaires étrangères et responsable des négociations de l’ALENA, Chrystia Freeland,  a présenté la philosophie qui sous-tendra les discussions à venir : « Mettre le Canada en premier » n’est pas son credo, contrairement aux États-Unis qui tiennent un discours diamétralement opposé.

Chrystia Freeland a rappelé dans un long discours  sur la politique étrangère à la Chambre des communes être en faveur du multilatéralisme et du maintien du libre-échange entre plusieurs pays.

La ministre Freeland invite d’ailleurs les Canadiens à faire valoir leurs opinions sur les priorités qui devraient être prises en compte lors des renégociations de l’ALENA. « Le gouvernement souhaite entendre les points de vue des Canadiens, et nous les invitons à partager leurs idées, leurs expériences et leurs priorités sur la modernisation de l’ALENA en se rendant sur le site: www.international.gc.ca/alena ».

Rappelons que le commerce bilatéral de l'agriculture et de l'alimentation s'élevait à 62 milliards de dollars canadiens (46 milliards de dollars US) en 2016, selon le gouvernement canadien.

L’ALENA qui regroupe le Canada, les États-Unis et le Mexique représente un marché régional évalué à 20,7 billions (mille milliards) de dollars américains et 478 millions de consommateurs.