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Une guerre des fromages en vue : les producteurs de lait risquent d’en faire les frais !

Yan TURMINE, agr. ,

Les détails de l’importation des fromages européens sont maintenant connus. Le Canada vient de donner le feu vert à l’importation de fromage européen en vertu de l’Accord économique et commercial global (AECG) conclu entre le Canada et l’Union européenne (UE) et ses États membres de l’AECG. Les importations seront graduelles et engloberont, selon les directives officielles, pas mal tous les types de fromages. Le contingent d’importation sera aussi ouvert aux détaillants.  Les politiques et les pratiques relatives à l’administration du contingent tarifaire de l’AECG pour l’importation de fromages risquent fort de changer les pratiques commerciales dans la vente de fromage au Canada. En donnant des contingents aux grands distributeurs, sur à peu près n’importe quel type de fromage, on risque d’assister à une guerre des fromages entre transformateurs et détaillants. Les producteurs de lait risquent d’en faire les frais.

D’ici la fin de l’année 2017 le Gouvernement canadien autorisera l’importation de 745 tonnes de fromages avec un droit de douane réduit à un maximum de 3.32 cents du kg (rien du tout). En 2018 cela sera 5333 tonnes, 8000 tonnes en 2019, 10669 tonnes en 2020, 13333 tonnes en 2021 et 16000 tonnes en 2022. À cela s’ajouteront 1700 tonnes d’autres produits laitiers. De plus lorsque l’on regarde les politiques émises par le gouvernement canadien, cette importation pratiquement exempte de douane semble s’appliquer sur à peu près tous les fromages et non pas selon ce qui avait été initialement dit, aux seuls fromages fins. En voici la liste : tous les fromages frais, tous les fromages râpés en poudre ou fondus, le cheddar, les fromages à pâte persillée, les fromages camembert, brie, gouda, provolone, mozzarella, suisse, gruyère, havarti, parmesan, romano, feta, munster, et tout autre fromage qui ne serait pas dans cette liste.

30 % du contingent d’importation sera réservé à la PME qui fabrique du fromage, 20% au grand fabricant, 30% à la PME qui distribue du fromage ou qui sont des détaillants et finalement 20% aux grands distributeurs de fromages ou aux grands détaillants. Les Métro, IGA et Sobey’s pourront directement importer des fromages sous contingent.

S’il y a une bonne répartition entre les sortes de fromages et entre les différents importateurs, l’impact sur le marché risque d’être moindre. À la limite une offre plus diversifiée peut stimuler la consommation à long terme. Cependant le marché international est la plupart du temps un marché de dumping, surtout pour les produits agricoles.

On risque de voir entrer de grosses quantités d’un même produit qui par son prix très bas risque de déstabiliser notre marché des fromages. Ce type de commerce est destructeur. La production locale d’un type de fromage peut être rayée de la carte par une l’importation massive de ce type de fromage en spécial (à prix de dumping).

Normalement le dumping est illégal, mais en pratique il est difficile à vérifier, et le temps que l’on vérifie le dommage est fait. Le gouvernement devra être vigilant et mettre les ressources nécessaires pour éviter que le Canada ne devienne une zone de dumping où s’écouleront les surplus fromagers européens. Il a les moyens d’arrêter toute importation qui pourrait lui sembler suspecte.

Pour l’instant l’accord conclu entre le canada et l’Europe reste inquiétant, à mesure que les détails sont rendus publics, on s’aperçoit que l’on nous n’avait pas tout dit. Le diable est souvent dans les détails.