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«Je ne serai pas le gars qui se bâtirait une étable de 3 ou 4 millions demain matin»- Marquis Roy

Yannick PATELLI ,

NDLR : L’éditeur de La Vie agricole lors sa visite à la ferme chez Marquis Roy a terminé sa rencontre avec lui par une entrevue sur sa vision des grands enjeux agricoles au Québec et au Canada. Voici ce que pense véritablement un producteur actif dans son milieu. Le choix du tutoiement s’est fait naturellement lors de cette rencontre fort sympathique et très instructive pour tous.

Yannick Patelli : Selon toi quel est le message important à passer aux consommateurs de la part d’un producteur de lait ?

Marquis Roy : « Je pense que c’est de dévoiler tous les efforts qu’on met dans ça pour amener un produit de qualité. Aujourd’hui le monde, c’est le prix qu’ils veulent, mais des fois faut regarder c’est quoi qu’on mange et d’où ça vient cette nourriture-là. On fait des portes ouvertes, mais c’est pas assez.»

YP : Que penses-tu de la nouvelle entente avec la classe 7

MR : « C’est un peu un avenir indécis. C’est sûr que c’est inquiétant. Ce sont les gouvernements qui vont nous enligner, mais ça a pas l’air vite sur les patins. Moi, ça m’inquiète par rapport qu’on a pas de vision sûre à long terme. On a une entente de 7 ans avec les industriels. On a fait un prix équivalent et compétitif avec le lait diafiltré, mais ils ne sont pas obligés de prendre notre lait. L’avantage qu’il y a c’est les surplus de revenus non gras qu’ils sont obligés de prendre. Avant on était pogné avec. Mais le dernier 5 % est-ce que c’est à cause de la classe 7 ? Je ne le sais pas parce que là on s’appauvrit même si on produit plus. Les ententes qu’il y a eu, c’était pas terrible. Ça m’a choqué cette histoire-là. Mais qu’est-ce que tu voulais qu’on fasse ? Tu sais Bruno Letendre c’est pas le président du Canada. Il fait ce qu’il peut. Les conseils d’administration c’est pas eux qui font les lois au Québec et au Canada. Mais ça m’inquiète. Je ne serai pas le gars qui se bâtirait une étable de 3 ou 4 millions demain matin. »

YP : Demain matin, si tu étais face au ministre McAulay ou Lessard, qu’est-ce que tu leur dirais ?

MR : « Déjà de contrôler les frontières, mais ils n’appliquent pas les lois au niveau fédéral. Au provincial il n’y a pas grand-chose à faire.»

YP : Y-a- t-il une différence entre l’époque Paradis et Lessard dans l’approche pour régler la problématique ?

MR : « Il s’est fait un peu d’évolution. On en a parlé avec Bruno Letendre, mais comme il dit, on ne peut pas passer par-dessus eux autres. Bruno, il fait ce qu’il peut. C’est ça où on s’en va fermer les usines de lait.»

YP : Crains-tu que la gestion de l’offre soit négociée dans l’ALENA en échange d’avantages pour le secteur du bois ?

MR : « Est-ce qu’il faut en déshabiller un et en rhabiller un autre. Non !  Qu’est-ce que ça donnerait de déshabiller les producteurs laitiers pour rhabiller les gars de bois. Moi je ne crois pas à ça. Tu vas aller tuer un secteur plus solide que le bois. Trudeau, il va travailler pour la garder la gestion de l’offre. Avec ce qui s’est passé politiquement ces dernières semaines ( il fait alors référence à Maxime Bernier qui n’a pas gagné la chefferie du parti conservateur) qu’il marche donc les fesses serrées. On s’est aperçu que les producteurs laitiers peuvent passer des messages. Le lait diafiltré m’inquiète plus que l’ALENA.»

YP : Préfères-tu garder Lessard à l’agriculture ou aux transports ?

MR : « En tout cas c’est pas mal mieux que Pierre Paradis.  Paradis, c’est un gars qui voulait détruire le Québec agricole. Ce gars-là ça me détruisait moralement. Lui et Maxime Bernier ça m’enlevait toute la motivation d’être producteur agricole. C’est quoi qu’il a fait Paradis le temps qu’il a été là à part s’occuper de l’union paysanne ? »

YP : Est-ce qu’il n’y avait pas plus de pression sous Paradis pour contrer le lait diafiltré qu’actuellement ?

Guy Roy, le paternel  qui écoute notre conversation, intervient et confirme que la pression était plus présente sous Paradis et que Paradis appuyait clairement la gestion de l’offre. Guy Roy rappelle que lors de la manifestation à Ottawa, Paradis était là.

MR : « Un peu, mais ça n’a pas été des grosses affaires. On ne pouvait pas avoir d’entente avec lui. C’est un gars qu’était pas fait pour être là. Les gars qui ont travaillé avec lui disent qu’il n’y avait pas de communication. Maxime Bernier n’était pas à l’écoute de ses producteurs non plus, il s’est fait sortir de là. Paradis ça aurait été pareil. Sauf l’Union paysanne, pour eux il était à l’écoute. J’ai rien contre l’Union paysanne, mais il faut que le ministre s’occupe des autres aussi. Lessard lui est capable de s’asseoir et de régler des affaires.»

YP :  Paradis n’avait-il pas un agenda caché pour moderniser l’agriculture

MR : « On sentait tout ça, mais t’avances pas avec ça. Ça marchait pas pantoute avec l’UPA»

YP : Marcel Groleau a annoncé son intérêt pour se représenter à la présidence de l’UPA, tu en penses quoi ?

MR : « Marcel, c’est pas qu’il est pas bon, mais moi j’aimerais ça qu’il y en ait un nouveau.  C’est bon que ça change. C’est toujours bon que ça change. Avoir du sang nouveau, c’est comme à la fédération du lait, on a une gang dans le secteur qu’on voudrait que ce soit des termes de 4 ans.  Ça passe pas à l’autre bout. En Beauce, on est tous pour ça ! Provincialement ça passe pas. Mais Marcel c’est un gars de confiance. Lui aussi c’est un producteur même s’il a plus le temps de travailler sur la ferme. Mais d’après moi il va rester là. Mais même s’il y a quelqu’un, il va y aller. Avec Christian Lacasse, il s’était pogné. Ça a été au deuxième coup pour rentrer. Mais ça reste bon le changement. C’est comme à la fédération du lait, c’est pas qu’ils sont mauvais les gars, mais c’est bon le changement. Y’en a quand même qui restent-là parce qu’ils ont leur p’tite job et il y en a qui sont plus avant-gardistes que d’autres.»

YP : Est-ce que Pierre Lemieux, l’actuel vice-président pourrait concourir à la présidence aussi face à Marcel Groleau

MR : « Je serai déçu. Il est bon Pierre. Mais ça prendrait quelqu’un de plus dynamique! Y’en a des jeunes qui ont du potentiel. Pierre a fait une bonne job, c’est un rassembleur, mais il a fait son temps.»

En fin d’entrevue Marquis Roy s’interroge ouvertement et tente de renverser le sens de l’entrevue:

MR : « Yannick, pourquoi quand tu rencontres des ministres tu poses toujours la même question sur le monopole syndical ?»

YP : « Parce qu’il y a deux questions qui font partie de la réalité agricole aujourd’hui. Tant qu’il y a des regroupements comme le CEA et L’Union paysanne avec des adhérents, je pense qu’ils ont le droit de s’exprimer et qu’il est de notre devoir d’interroger les décideurs sur le sujet. Et l’autre question importante reste de s’interroger à savoir s’il est normal dans une démocratie que les plans conjoints ne soient que sous la responsabilité du syndicat unique».

Marquis Roy s’est par la suite interrogé sur la pertinence d’avoir plusieurs syndicats. Il préférerait qu’on accueille la petite agriculture au sein de l’organisation actuelle et que l’UPA soit plus en contact direct avec L’Union paysanne, tout en disant tout de même à propos de la petite agriculture: « On ne reviendra pas aux années 1800 puis 1600 avec toutes les maladies et tout ce que ça a amené.»

On peut au sein de L’UPA défendre chacun son point de vue selon Marquis.« Tu peux t’exprimer dans les assemblées. On a deux ou trois réunions par année. Tu t’en vas là, y’a un micro et si ça fait pas ton affaire tu le dis. Tu sauras que Bruno Letendre il en a mangé une maudite cette année. Une méchante. Moi j’étais à deux assemblées hey, en tout cas sa job, il m’aurait donné 300 000 $ par année, je n'en aurai pas voulu. Manger des bêtises de même !!»

Puis il ajoute : « Pour moi c’est de l’entêtement de ne pas s’inscrire et ne pas payer sa cotisation pour ceux qui ne veulent rien savoir de l’UPA. C’est sûr que dans le lait il y a des frais de transport à payer, mais c’est l’UPA et la fédération qui gèrent ça. Je paye des frais de transport et d’administration et je suis bien content. Parce que si je m’en allais au bord du chemin vendre des concombres et des tomates, je ne trouverais pas ça drôle. Je sais que je vais être payé quand le truck passe ici. »