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Le professeur Gilles-Éric Séralini, un chantre de la biodiversité

Emile Fouda, correspondant en France ,

NDLR : La Vie agricole a souhaité au cours de l’été faire le point avec le célèbre Professeur Gilles-Éric Séralini sur les dossiers chauds de l'année 2016, question de savoir où il en était personnellement dans ses recherches scientifiques démontrant «la toxicité colossale et cachée des produits de l'industrie chimique dans la pollution généralisée de la vie quotidienne des sociétés et des personnes». Notre collaborateur en France Émile S.Fouda est allé à la rencontre du chercheur à Caen en Normandie. 

Le chercheur a intenté plusieurs procès aux lobbys qu’il a tous gagnés. Il a été critiqué par les grands groupes qu’il gênait semble-t-il et par des équipes de recherche concurrentes financées bien souvent par les groupes industriels impliqués eux-mêmes soit dans la production des OGM, soit dans leur diffusion... Il a subi comme en témoigne la presse internationale, notamment une sorte de tentative de décrédibilisation de sa méthode de tests, visant à stopper son questionnement.

 

Ce fut particulièrement le cas, lors de la sortie des études sur les tumeurs[GS1]  des rats qui ont fait le tour du monde, en démontrant que  «les rats qui mangeaient  des OGM avaient trois à cinq fois plus de tumeurs que les autres, selon le sexe et les doses ». Quand on mange des OGM, véritables éponges à pesticides, on mange de fait des pesticides, affirme-t-il en substance.  Ce constat qui concerne 100 % des OGM agricoles  affecte essentiellement Monsanto, en cours de devenir  Monsanto Bayer.

« En France encore aujourd'hui, Monsanto fait de nouveaux produits, en bénéficiant des crédits de recherche importants. En Allemagne, quand Bayer veut racheter Monsanto, l'État allemand se porte garant » dit le professeur Seralini.

L'observation de cette relation  entre les gouvernements des pays et les puissantes compagnies industrielles incriminées peut s'élargir à d'autres pays : Brésil, Argentine, etc.

Les études du groupe de recherche pluridisciplinaire qu’il anime permettent aussi de considérer que la collusion, États/Compagnies chimiques, a toujours existé :  « Quand les Américains débarquent en Normandie, lors de la Seconde Guerre mondiale, derrière les hommes et les bateaux, il y a les tracteurs qui suivent pour développer une agriculture intensive », dit-il.

Le développement de l’agroalimentaire et notamment du bio dans les grands groupes !

Plusieurs questions nous interpellent notamment relatives au développement grandissant des départements bio chez les multinationales. Pourquoi cet intérêt grandissant ? Comment voyez-vous le développement de l’agroalimentaire, le rôle des OGM ailleurs dans le monde alors que certains pays sont attirés par des chercheurs qui préconisent l’utilisation des OGM ?  Quel danger pour l’Europe avec les traités de libre-échange ? En France y a-t-il des défenseurs des OGM comme en Amérique du Nord qui disent que c’est ce qui permettra de nourrir la planète ?

Le Professeur Séralini n'élude aucune question. On peut même considérer que l'adversité de ses « cibles » lui donne un coup de fouet bienvenu. Dans la foulée des succès scientifiques et judiciaires obtenus courant 2016, il a élaboré une théorie globale de sa démarche contre les pesticides et leur système de production voire de dissémination, dans un livre qui fait sensation. Écrit avec son ami  Jérôme Douzelet, Grand Chef, cuisinier et formateur à la  cuisine biologique, Plaisirs cuisinés ou poissons cachés (Ed. Actes Sud, prix Chapitre Nature), traduit en anglais, se pose comme un dialogue entre un scientifique et un gastronome émérite, un voyage dans un univers de nourriture chimique dans lequel baignent les sociétés occidentales sans même s'en rendre compte.

Le contenu littéraire reprend l'analyse  des risques  que le scientifique propose depuis plus de 20 ans à l'université et désormais au grand public. « Il s'agit des risques que l'alimentation fait courir à notre santé », à partir de la nourriture elle-même issue de l'agrochimie ou de l'agroalimentaire investi par de puissants groupes industriels issus bien souvent du secteur pétrolier !

« Une alliance improbable, dans nos assiettes, des molécules dérivées du pétrole et de la nourriture offerte par la nature », avait écrit son préfacier , le scientifique Jean-Marie Pelt.

Comment le Professeur articule-t-il son message global ? « Les industries internationales ont systématisé l’emploi de substances chimiques, depuis leurs épandages dans les champs, en passant par l’élevage, les transformations, les conditionnements et la distribution de notre nourriture. Elles sont ainsi amenées à pénétrer notre corps en permanence ». Derrière le constat, Gilles-Eric élabore une mise en garde explicative qui rappelle que la vraie guerre à mener consiste à combler notre ignorance : Si les polluants biologiques présents dans notre alimentation n’ont quasiment plus de secret pour les scientifiques, écrit-il aujourd’hui – tout restaurant se doit de suivre méticuleusement les règles d’hygiène bactérienne nécessaires et contrôlées pour leurs effets connus –, les polluants chimiques présents dans pratiquement tous les aliments sont beaucoup moins traqués : métaux lourds, herbicides, insecticides, fongicides et OGM, additifs, exhausteurs de goût, détergents, plastifiants…

« Les autorisations de ces produits masquent à la société les savoirs sur tous les problèmes sanitaires que ces nouveaux contaminants alimentaires peuvent engendrer. Méconnaissance, protection malhonnête d’intérêts privés dans un système d’expertise bien rodé ou volonté de ne pas faire éclater de scandale, la frontière est bien gardée. »

Même la haute gastronomie représentative de la cuisine française de qualité peut se faire abuser par les autorisations de produits toxiques, qui leur paraissent des auxiliaires de progrès. Gilles-Éric Séralini, professeur et chercheur à l’université de Caen, spécialiste des OGM et des pesticides – connu pour ses expériences récentes établissant un lien avec tumeurs, maladies des reins et du foie- et Jérôme Douzelet, chef cuisinier responsable,- démontrent par des « expériences éclairantes » sur la malhonnêteté de l’évaluation des produits chimiques et les possibilités de développer une cuisine festive, naturelle et biologique, « hautes en saveurs, couleurs, textures, en symbiose avec la biodiversité et la santé » dans un vrai métier de «restaurateur».

La santé en danger

Rien n'est avancé par hasard: le retour au laboratoire s'impose en prenant le contre-pied des tests existants avec une optimisation des procédures : protocole, tests, présentation et analyse des résultats qui s'avèrent « alarmants » : connivences, manipulation des données, intérêts croisés entre scientifiques et industriels et parfois certains pouvoirs... font que la vérité a bien souvent été cachée aux populations.

Avec le Chef Douzelet, Gilles-Eric devient le chantre de la biodiversité consacrée, magnifié sur un piano de cuisine.

Il suffit de se rendre aux séminaires organisés à l’hôtel-restaurant Le Mas de Rivet à Barjac par www.spark-vie.com
ou dans le monde et à la demande ou de consacrer quelques heures à la lecture de leur livre  Plaisirs cuisinés ou poissons cachés,Éditions Actes Sud.

 


 [GS1]