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Comment fonctionne Québec Solidaire?

Mathieu BOCK-COTE ,

Gabriel Nadeau-Dubois a fait du yoyo politique ces dernières semaines. Il s’est d’abord prononcé en faveur du monopole de l’UPA sur le monde agricole avant de changer d’avis une semaine plus tard. Spontanément, et avec raison, les principaux intéressés ont dénoncé le manque de sérieux du cochef de Québec solidaire. Un homme politique est en droit d’adopter la position qu’il souhaite sur un enjeu en fonction de la vision qu’il se fait de la société. Mais on s’attend à ce qu’il fonde cette prise de position sur une analyse sérieuse de la réalité. 

Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas passé ce test. Ce brillant orateur est-il capable de passer des grandes leçons de morale qu’il aime donner aux uns et aux autres, comme s’il avait le monopole du cœur et de l’humanisme, à la politique réelle? On est en droit d’en douter. Cela ne devrait pas empêcher de nombreux médias de parler de lui avec une complaisance gênante d’autant qu’il contribue comme jamais à la division du vote souverainiste. On le présente comme un grand sage et comme un monument d’authenticité. Ces médias ont décidé que Gabriel Nadeau-Dubois, même s’il adhère fondamentalement à un socialisme vieilli qu’il conjugue à un multiculturalisme décomplexé, incarnait un vent de fraicheur dans la vie politique québécoise. Il n’est pas certain que le jeune politicien mérite tant de louanges.

Mais plus largement, c’est peut-être la culture politique de Québec solidaire qu’il convient de questionner. GND, pour justifier son retournement, a prétexté avoir mal compris la position de son parti. Ne nous moquons pas trop vite de cette affirmation qui a quelque chose de loufoque. Elle nous rappelle le revirement de Québec solidaire autour de la convergence souverainiste. Elle témoigne d’une pratique politique plus obscure qu’on ne le croit. Comment expliquer ce revirement? GND est un homme intelligent. Avait-il vraiment mal compris la position de son parti? Ou a-t-il été ramené à l’ordre par les gardiens de la doctrine du parti, c’est-à-dire le fameux Politburo dénoncé par Jean-François Lisée au moment des négociations avortées entre le PQ et QS? Il ne s’agit pas de jouer au grand investigateur mais de comprendre quel est vraiment le mode de prise de décision chez QS. Quelle autonomie est concédée à ses leaders? Il sera d’ailleurs intéressant de savoir, lors des prochaines élections, comment QS décidera qui sera son candidat au poste de premier ministre? On sent déjà une tension marquée entre Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé qui veulent chacun jouer un premier rôle. Même dans la gauche radicale, on trouve des ambitions personnelles!

On en revient à la querelle des dernières semaines entre QS et le monde agricole. On sait que l’UPA est l’acteur majeur de ce monde au Québec et pour plusieurs, elle seule est capable de bien identifier les besoins des agriculteurs. On peut croire aux vertus de son monopole comme on peut croire nécessaire de s’en délivrer. Il y a, en la matière, et comme on dit, de bons arguments des deux côtés. Mais on ne saurait s’asseoir entre deux chaises et prétendre se réclamer d’une position complexe. Cela manque tout simplement de sérieux.