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Le soutien de l’état en agriculture c’est pour qui?

Yan TURMINE, agr. ,

Si les négociations de zone de libre-échange entre l’Europe et le Canada aboutissent comme semblent le dire plusieurs spécialistes et chroniqueurs économiques, la question agricole et son soutien par l’État risquent d’être à l’ordre du jour de nos gouvernements.
Cet accord risque d’entrer en vigueur au moment où l’Europe va entrer dans une nouvelle politique agricole commune (PAC) s’échelonnant de 2014 à 2020. Ce qui caractérise cette nouvelle PAC, c’est d’abord une réduction des budgets de 11 à 13%. Compte tenu des prix mondiaux des denrées agricoles qui risquent d’être intéressants durant cette période, cette réduction ne risque pas d’en être une. Cependant plus fondamentalement, la PAC sera plus européenne, moins nationale. Le parlement européen a maintenant son mot à dire : il est beaucoup plus urbain, plus vert et moins sensible au lobby agricole. On risque donc de voir les subventions agricoles faire plus de place à l’environnement, à la recherche et à l’innovation. De plus l’opinion des urbains sur les pratiques agricoles risque de peser plus lourd.
Avec la zone de libre-échange, la PAC va sûrement influencer nos politiques, comme nos politiques risquent d’influencer le parlement européen. Fondamentalement pourquoi nos gouvernements soutiennent l’agriculture: avant tout pour nourrir leur population avec des produits d’ici, on appelle cela la sécurité alimentaire. Cette sécurité alimentaire doit permettre une production en quantité et en qualité des aliments pour nourrir la population. La population en générale et les gouvernements sont prêts à soutenir une agriculture locale qui fournit des produits de qualité, aussi bien en Amérique du Nord qu’en Europe. De plus, la population veut une agriculture plus respectueuse de l’environnement et elle est prête à soutenir des efforts dans ce sens. La multiplication des programmes ses dernières années en Europe et en Amérique du Nord en témoignent.
Les gros chèques, ici on est encore en réflexion
Le soutien de l’agriculture pour produire à l’exportation et permettre à des grands groupes de s’enrichir est cependant de moins en moins populaire, est a de moins en moins l’appui des citoyens. L’affaire des gros chèques de subvention agricole en Europe a fait scandale et a influencé la PAC par l’instauration de plafonds. Ici on est encore en réflexion.
Notre système de gestion de l’offre pourrait à plusieurs égards intéresser les Européens. Tout en étant économique pour l’État il garantit aux populations d’avoir accès à un produit local et de qualité, tout en permettant aux campagnes d’être prospères. Notre soutien à des productions destinées à l’export risque lui d’être moins populaire, il devra s’arrimer possiblement avec la PAC.
N’oublions pas que sans soutien de l’état (subside ou gestion de l’offre), notre pinte de lait serait possiblement moins chère à Toronto ou Montréal, mais sûrement beaucoup plus chère ailleurs. De plus, elle serait produite par une vache traitée aux hormones dans une ferme employant des travailleurs à la limite de l’esclavage. Dans une telle situation, nous nous retrouverions à consommer jour après jour des produits non conformes aux standards que notre société a démocratiquement établi. Cela s’appelle perdre sa souveraineté alimentaire, et c’est pour cela dans une société moderne que le soutien de l’État est là.
Dans le passé et encore dans certains pays le soutien agricole est fait pour les agriculteurs, car il compose une grande partie de la population et ils occupent le territoire de façon majoritaire. Dans nos sociétés modernes occidentales, le soutien à l’agriculture est de plus en plus destiné au grand public, non-agriculteurs, qui est devenu majoritaire. Il est important de rappeler aux urbains que grâce au soutien de l’État, l’agriculteur doit être en mesure de leur assurer leur sécurité alimentaire selon les lois que notre société s’est donnée.
Yan Turmine