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La banque est vide et le Québec fait dur

Simon-Pierre Savard-Tremblay ,

L’Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l’Europe, par son abaissement des quotas et des droits de douane, en favorisant une entrée massive des produits européens, risque de déclencher une guerre des prix par l’ajout de 17 000 tonnes d’importations. Le potentiel de croissance du secteur des fromages fins au Québec est totalement à risque. Ottawa, prétendant que les pertes pour les producteurs fromagers n’étaient que l’unique micro-défaut du traité, y allait de sa grande promesse d’offrir des compensations financières, refilant donc la facture au contribuable. Il ne faut pas se méprendre sur l’enjeu : on passera ainsi d’un système de gestion de l’offre à un système subventionné. Mais ces subventions, sous forme de compensations, reviennent à admettre qu’une forme d’aide sociale est nécessaire pour les producteurs, qui vont peiner à survivre quand ils ne s’écrouleront tout simplement pas. Ces compensations sont également, par définition, temporaires.

Et pour avoir été temporaires, elles l’ont été ! Nous avons appris il y a peu de temps que la banque prévue destinée aux compensations pour les agriculteurs subissant les méfaits de l’Accord économique et commercial global était vide. Après seulement sept jours. Sept jours ! Les producteurs québécois étaient furieux. Laurent Lessard, ministre québécois de l’Agriculture, a employé la seule carte qu’il possédait : l’indignation. Qualifiant le sommes fédérale d’« insuffisantes » (c’est le moins qu’on puisse dire !), il en aussi demandé d’autres. Le fait est que le ministre pourrait disposer d’un bien meilleur rapport de force pour quémander si son gouvernement avait fait des choix plus intelligents.

Tout d’abord, les députés québécois n’ont rencontré Pierre Marc Johnson, le négociateur en chef pour le Québec, que deux fois, et la dernière fois remonte à 2011. En revanche, le négociateur en chef canadien a été reçu neuf fois en comité parlementaire à Ottawa. C’est donc peu dire que les élus, à Québec, ont manqué à leur devoir et n’ont pas étudié réellement le traité. Johnson a également pratiqué le patinage artistique le plus flagrant, évitant de répondre aux questions, un art qu’on lui connaît tout particulièrement. La Commission des institutions n’a pas, non plus, récupéré le dossier pour tenir des audiences publiques.

C’est donc sans trop se poser de questions que l’Assemblée nationale a ratifié, en juin, l’AÉCG. Le Parti québécois a proposé un amendement pour que l’approbation de l’accord soit reportée dans six mois. Pourquoi ? Pour que le Québec, par son refus momentané, dispose d’un pouvoir de négociation auprès d’Ottawa. Il aurait par exemple été possible, pour le Québec, d’exiger de réelles compensations pour les agriculteurs lésés. L’idée a été rejetée par le gouvernement libéral.

Désolé monsieur Lessard, ça ne donne absolument rien de se fendre en quatre devant Ottawa après lui avoir signé un chèque en blanc…