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Abattage au Témiscamingue: la MRC et l’UPA s’indignent et veulent que Lessard passe l’action !

LVA ,

Depuis plus de douze ans, les agriculteurs de l’Abitibi-Témiscamingue n’ont aucun abattoir provincial ou fédéral en région, les contraignants à des frais considérables et restreignant leurs options de production. Cette problématique liée à l’abattage a plusieurs répercussions néfastes pour la région et depuis maintenant cinq ans, la MRC de Témiscamingue travaille d’arrache-pied pour que la situation change. La MRC et l’UPA du secteur s’indignent et veulent des actions de la part du ministre de l’Agriculture Laurent  Lessard.

Servir de la viande locale sur le territoire

Possédant le plus grand nombre d’entreprises agricoles en Abitibi-Témiscamingue et ayant mis en place un Plan de développement de sa zone agricole en 2015, la MRC de Témiscamingue est proactive dans le dossier d’abattage, parce que les producteurs témiscamiens lui ont demandé d’agir. Le besoin de ces producteurs, tout comme celui de leurs confrères de l’Abitibi, est clair: permettre l’abattage de leurs animaux à proximité afin de vendre leurs viandes à des particuliers, des épiceries, des restaurateurs. Cette demande légitime permettrait certes de servir de la viande locale sur le territoire, mais permettrait aussi la transformation des produits par le producteur, l’amélioration de la rentabilité des entreprises locales, tout en maintenant les producteurs actifs sur le territoire. Au Témiscamingue, l’apport économique annuel du milieu agricole représente 123 millions de dollars, créant 1 840 emplois directs selon la MRC.

La réglementation provinciale actuelle limite les abattoirs

Situé à seulement trois kilomètres de la frontière québécoise du Témiscamingue, l’abattoir provincial de Belle Vallée, sous la gouverne de l’Ontario, est un scénario à l’étude pour la MRC. Cet établissement permet aux agriculteurs québécois de faire abattre leurs animaux pour leur consommation personnelle, mais non pour la revente. La règlementation provinciale actuelle limite les abattoirs sous inspection provinciale aux seuls marchés de la province de leur juridiction. Un changement de règlementation permettant de commercialiser la viande des deux côtés de la frontière est la demande qu’adresse la MRC de Témiscamingue aux différents paliers de gouvernement en lien avec cette option.

Depuis peu, un nouveau scénario est étudié, soit l’utilisation d’un abattoir de proximité situé à Rouyn-Noranda, quartier Évain. La Boucherie Des Praz permet aux agriculteurs d’abattre seulement des animaux pour la consommation personnelle d’un individu, étant donné son statut d’abattoir de proximité. Les propriétaires de l’entreprise ont démontré de l’ouverture à faire de l’abattage sous inspection provinciale, selon la demande et les besoins du territoire. Ce changement pourrait permettre aux producteurs agricoles une mise en marché de leurs produits au Québec, suite à l’abattage en région. Concrètement, la MRC de Témiscamingue demande au gouvernement provincial d’accepter qu’un abattoir de proximité puisse réaliser de l’abattage sous inspection provinciale à même ses installations.

Même l’UPA dénonce le manque de volonté politique

La Fédération de l’Union des producteurs agricoles d’Abitibi-Témiscamingue (UPA) conjointement  avec la Conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue (CPAT) dénonce le manque de volonté politique afin de régler le dossier de l’abattage en région dont l’une des conséquences est un délaissement progressif de certaines productions animales.

Les éleveurs de l’Abitibi-Témiscamingue qui désirent commercialiser leurs produits doivent utiliser les services d’un abattoir fédéral situé à quelque 750 km de la région, ce qui représente un trajet aller-retour de 1 500 km et des frais de transport moyen de 433 $ par bête comparativement à 60 $ pour un éleveur situé à proximité (-50 km).

La situation devient absurde selon l’UPA

« Les coûts de transport sont tellement exorbitants que des éleveurs peinent fréquemment à rentabiliser leurs investissements. La situation devient absurde et il y a un manque évident de leadership politique dans ce dossier. Essentiellement, nous avons des outils à portée de main qui permettraient la consolidation et la diversification des productions régionales, mais rien ne bouge. », a déclaré Sylvain Vachon, président de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles d’Abitibi-Témiscamingue.

« En 15 ans, l’Abitibi-Témiscamingue a perdu près de 200 exploitations agricoles et le cheptel animalier a diminué drastiquement. Un ensemble de facteurs viennent expliquer cette baisse dont la fermeture en 2005 du dernier abattoir en région. Le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, doit travailler rapidement à une solution afin de fournir des outils de pérennisation et de développement aux éleveurs de chez nous. », a déclaré Martin Roch, préfet de la MRC d’Abitibi.

« Assez, c’est assez» dit le préfet Arnaud Warolin

La MRC de Témiscamingue travaille activement depuis plusieurs années à la recherche de solutions régionales dans le dossier de l’abattage. Cependant, pour y parvenir, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) devra innover dans son approche et travailler à des solutions afin de permettre la mise en place d’un véritable circuit court entre les consommateurs de l’Abitibi-Témiscamingue et leur terroir selon les intervenants qui ont communiqué ces information à La Vie agricole.

La MRC de Témiscamingue espère que les deux scénarios proposés seront pris au sérieux comme des solutions permettant d’aller de l’avant face à une problématique qui devient un enjeu régional urgent à régler : «Nous demandons au gouvernement d’étudier sérieusement les scénarios que nous proposons et de mettre tout en oeuvre pour que nos animaux puissent être abattus à proximité, que ce soit au Québec ou en Ontario. Et cette fois-ci, l’ensemble de la région est derrière nous. Les efforts que nous avons déployés dans ce dossier sont considérables, mais nous travaillons pour le bien-être de nos collectivités et de nos entreprises agricoles, c’est ce qui nous motive à ne pas lâcher prise. Notre objectif est clair : nous voulons que notre viande se retrouve sur les tablettes de nos épiceries, dans nos commerces et nos restaurants, afin de permettre à nos producteurs de travailler dans des conditions favorisant leur plein développement économique. La situation doit changer immédiatement, assez c’est assez!» a conclu le préfet de la MRC de Témiscamingue, M. Arnaud Warolin.

Crédits-Photos: Radio-Canada et journal La Frontière