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La première table ronde de l’Institut Jean-Garon tourne en vif débat

Yannick PATELLI ,

Deux cents personnes étaient réunies à La Pocatière dans le cadre du premier débat de l’Institut Jean-Garon le 2 novembre dernier au cinéma Le Scénario. La question posée aux panellistes suite à la projection du documentaire de Marc Séguin, La ferme et son État était :  y-a-t-il de la place au Québec pour une agriculture différente? La discussion a vite tourné en débat très animé !

Simon Bégin, porte-parole de l’Institut Jean-Garon, a initié l’échange: par ce propos : « Si les Québécois exigent une agriculture responsable, le gouvernement  suivra et les millions aussi. Ce qu’il ne faut pas avoir au Québec c’est un système «Cargill» avec des fermes de 3000 vaches! Mais ça prendrait un autre film pour dire ce qu’il ne faut pas faire et expliquer pourquoi autant un milliardaire comme André Desmarais ou un maraîcher biologique comme Jean-Martin Fortier ne peuvent fonctionner ni l’un ni l’autre dans le système actuel.»

Roméo Bouchard cinglant

D’entrée Roméo Bouchard, fondateur de l’Union paysanne, a été très cinglant : « Il n’y a pas de place pour une agriculture différente. La machine officielle travaille contre ça. Il y a un éléphant dans la pièce et les politiques gouvernementales ne bougent pas si l’UPA dit non! Savez-vous que 48 heures après le dépôt du rapport Pronovost en 2008, l’UPA a dit : ``On ne veut rien savoir de ce qu’il y a là-dedans``. Et ça le film ne le dit pas!»

Pour Turmine, un retard du bio considérable au Québec

Yan Turmine, industriel dans le domaine de la nutrition animale et chroniqueur à La Vie agricole, a, quant à lui,déclaré : « Le film expose des faits réels, mais ce qu’il dit moins c’est qu’on est en retard sur le reste de systèmes occidentaux ailleurs dans le monde. Ce film présente trop l’aspect bucolique de l’agriculture, par contre, il est intéressant de voir M. Desmarais s’intéresser à la production bio. Des milliards de dollars sont investis aux États-Unis et la législation change, je crains que dans dix ans on retrouve du bio dans les épiceries mais que ce ne soit pas des produits du Québec.»

Lemieux inquiet du contrôle du bio aux frontières

Pierre Lemieux, premier vice-président de l’UPA a minimisé les critiques en déclarant : « Ce que je retiens, c’est que l’on peut cohabiter entre petites et grosses entreprises et je pense que c’est déjà le cas. S’il est vrai qu’on est un peu en retard en biologique, il faut regarder ce qui se fait en ce moment, mais il faut aussi se demander quel contrôle il y aura aux frontières sur le biologique provenant d’ailleurs.»

« C’est L’UPA qui tient tout !», dit Roméo Bouchard

Alors que Pierre Lemieux tentait d’ouvrir le débat sur un autre sujet crucial : l’accès à la terre, Roméo Bouchard a recentré le débat sur le biologique en précisant : « J’ai créé avec d’autres le bio il y a 40 ans. Il y a actuellement un gros boum dans les médias, mais on est à 3 % de production biologique après 40 ans et même pas 1% des budgets publics vont au bio! Et si cela ne bouge pas sur les quotas et la mise en marché, c’est parce que c’est L’UPA qui tient tout!»

Yan Turmine a rappelé la nécessité de ne pas casser tout le système actuel, car, a-t-il dit : « Si tout le monde à 1000 poules demain matin, la douzaine à 3 dollars va tomber à 50 cents et ce sera un autre problème. Mais dans tout cela où est le gouvernement ? Il n’y a pas de politique agroalimentaire!»

En fin de débat Pierre Lemieux a abordé le sujet de l’abattage de proximité très présent dans le film en déclarant : « Il faut craindre d’éventuelles poursuites de consommateurs en cas d’abattage de proximité, c’est la ``game`` s’il n’y a pas assez de conditions sanitaires.»

Un public très animé et un duo Bouchard/Lemieux, tendu !

Lorsque le public a pris la parole, le débat s’est encore plus envenimé. D’un côté Géronimo Bouchard, fils de Roméo Bouchard, a critiqué l’UPA pour sa gestion mur à mur de la gestion de l’offre et une ex-productrice laitière, Claudia Schneider, y est allée d’une tirade qui venait des tripes dans une altercation directe envers Pierre Lemieux, stoïque. Elle a reproché à L’UPA de l’avoir étouffée entre autres financièrement au lieu de l’aider lorsqu’elle s’est trouvée en difficulté. Pierre Lemieux a rappelé que selon lui : « On peut maintenant installer au Québec des petites fermes. Il y a des outils comme la banque de terre, les PDZA etc.»

Une fois sortis de scène il s’en est fallu de peu pour que Pierre Lemieux et Roméo Bouchard, qui s’étaient pourtant serrés la main en arrivant au cinéma Le Scénario, s’en prennent aux mains après quelques échanges en privé sur des sujets personnels à leurs exploitations

Cette soirée, organisée conjointement par l’Institut Jean-Garon et le Musée québécois de l’Agriculture et de l’Alimentation du Québec à La Pocatière, au cinéma Le Scénario, a permis de présenter une projection spéciale du film La ferme et son état à près de deux cents personnes

Il s’agissait de la première d’une série de projections spéciales de La ferme et son état avec table ronde que l’Institut Jean-Garon organisera à travers le Québec en 2018, une première couronnée de succès grâce à l’appui du milieu de La Pocatière.

La présence dans la salle d’une forte proportion d’étudiants et d’étudiantes de l’ITA de la Pocatière a été soulignée et appréciée, car c’est principalement aux jeunes qui aspirent à l’agriculture que l’auteur, Marc Séguin, a dédié son film.

Les panellistes invités étaient M. Pierre Lemieux, premier vice-président de l’UPA, M. Roméo Bouchard, fondateur de l’Union paysanne, Yan Turmine, industriel et chroniqueur au journal La Vie agricole, et Simon Bégin, de l’Institut Jean-Garon. M. Richard Lavoie, du Musée québécois de l’Agriculture et de l’Alimentation, a agi comme modérateur.