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Quel avenir pour le syndicalisme agricole ?

Yan TURMINE, agr. ,

Où en est le syndicalisme agricole au Québec à la veille du congrès 2017 de l’UPA? Qu’on le veuille ou non, L’UPA est depuis longtemps une institution au Québec, elle fait partie de notre modèle Québécois. Comme beaucoup d'institutions, elle est admirée par certains et critiquée par d’autres. Mais comme d’autres institutions de notre société, tout en donnant une image de confiance, elle se cherche. Elle a d’ailleurs entrepris de grandes réformes internes. Sa légitimité ne semble pas menacée, mais son fonctionnement démocratique l'est.

Comme je l’ai déjà bien exprimé dans de précédentes chroniques, la structure de l’UPA permet, à pratiquement n’importe quel groupe, de s’organiser et d’exister. L’UPA regroupe aujourd’hui  92 syndicats locaux, 12 fédérations régionales,  130 syndicats spécialisés et 27 groupes spécialisés. C’est beaucoup de groupes, même c’est des fois un peu compliqué à suivre. Un producteur ou une productrice peut être membre de plusieurs groupes, dépendant de ses intérêts. Il est facile de s’impliquer, il suffit de participer. Le problème du monopole que certains aiment soulever est pour moi un faux problème, puisque rien n’empêche de créer de nouveaux groupes, ou encore de changer les administrateurs et les orientations d’un groupe déjà existant. Bien entendu il faut être suffisamment représentatif et être porteur d’idées rassembleuses.

Une organisation comme l’UPA est-elle encore nécessaire aujourd’hui ?

Pour moi, la vraie question qu’il faut se poser en 2017; est-ce qu’une organisation comme l’UPA est nécessaire aujourd’hui à l’ère des médias sociaux ou très rapidement un groupe peut revendiquer ce qu’il veut, s’organiser et avoir une écoute instantanée des décideurs ?

La force d’un syndicat c’est la représentation : par toute sorte de mécanismes démocratiques il est censé représenter l’opinion de la majorité, la promouvoir et la défendre. Aujourd’hui c’est de plus en plus difficile avec les médias sociaux d’où peut surgir très rapidement une nouvelle position regroupant beaucoup de gens qui peuvent être même d’opinion contraire à la position officielle du syndicat. De plus pour les gens c’est beaucoup plus facile d’exprimer son opinion sur Facebook que de le faire en personne en réunion officielle.

Il m’est arrivé assez souvent de parler avec des producteurs, qui me disaient ne plus participer aux réunions de leur syndicat car ils ont l’impression que tout est décidé d’avance, que cela ne donne rien, que leur opinion ne compte pas. Mais il est surprenant de voir ces mêmes producteurs super actifs sur Facebook, avec des opinions assez tranchées.

Les moyens que  L’UPA a créés avec le temps sont colossaux, des fois un peu trop. Comme bien des institutions, le manque de participation est dangereux, car la machine ne s’arrête pas. Lorsqu’une machine comme l’UPA est au service de ses membres, c’est puissant. Sans participation rapidement ce sont les membres qui deviennent au service de la machine et ça, c’est mauvais. Les gens se détournent alors de leur organisation, ils ne s’y reconnaissent plus.  Le manque de participation, sans être critique, est sans doute le plus grand défi de l’UPA d’aujourd’hui, elle doit en faire une priorité.