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La France, un exemple avec plusieurs syndicats agricoles!

Yannick PATELLI ,

Christiane Lambert

NDLR : La Vie agricole présente le portrait du syndicalisme agricole en France avec un dossier qui met en lumière les intentions des différents syndicats existant sur le territoire de nos cousins d’outre-Atlantique : La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef), La Coordination rurale (CR), la Conférence paysanne (CP) et Les jeunes agriculteurs (JA)

 

La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), est le syndicat le plus important en France. Fondé en 1946, il est le syndicat professionnel majoritaire dans la profession agricole en France avec 54% des votes en 2013 aux élections aux chambres d’agriculture, dans la liste commune avec le syndicat Jeunes Agriculteurs(JA). Le Figaro, quotidien de l’hexagone, rappelle dans un article paru en 2016 que lors de ces dernières élections aux chambres d'agriculture en janvier 2013, la FNSEA et son allié du syndicat des Jeunes Agriculteurs ont raflé la mise avec plus de la moitié des voix, mais que son score s'érode depuis la création du syndicat il y a plus de 70 ans. Les autres syndicats gagnent donc du terrain. La Coordination rurale (CR) totalise désormais 22% des voix, la Confédération paysanne (CP) un peu moins de 20% et le Modef 4%. En France la démocratie assure l’équilibre des forces pour une juste représentation des producteurs.

Des syndicats différents pour défendre l’agriculture française

Le quotidien Le Figaro décrit en quelques chiffres le FNSEA dans un article de 2016: Un budget annuel de 12 millions d’euros trois fois plus élevé que celui de la Coordination rurale et de la Conférence paysanne.212 000 adhérents, ce qui représente un peu moins de la moitié des exploitations agricoles françaises. La CR compte un peu moins de 15.000 adhérents et la CP 10.000. Le Modef, bien implanté dans le Sud-Ouest, n'en compte que quelques milliers. Le siège de la FNSEA se situe rue de la Baume à Paris, dans le très chic VIIIe arrondissement, à quelques pas du pouvoir et donc à proximité du palais de l'Élysée dans un immeuble évalué à 20 millions d’euros et emploie seulement une centaine de salariés. La FNSEA compte 31 branches adhérentes dont la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) ou la FNB (Fédération nationale bovine).

Des Visions qui s’entrechoquent

D'après son site la FNSEA souhaite « agir pour les agriculteurs. En 2017, la FNSEA fait 13 propositions aux candidats à l'élection présidentielle, parmi lesquelles un plan quinquennal d'investissement pour « assurer la compétitivité et la durabilité du secteur agricole ».

Le débat entre syndicats agricoles commence en France dans les années 60

Les premiers débats entre visions syndicales commencent dans les années 60, avec le soutien du ministre Edgard Pisani Le Fonds d'aménagement pour les structures agricoles recense alors les exploitations qui sont en deçà du seuil de rentabilité, propose des groupements de producteurs et assiste les départs volontaires de paysans avec une indemnité viagère de départ, alors qu'en même temps la Safer ( société d’aménagement foncier et établissement rural) regroupe et remembre les terres libérées. Le Crédit Agricole distribue des prêts bonifiés aux jeunes agriculteurs désireux de s'installer, et qui ont la chance d'être choisis par les échelons départementaux entre autres de la FNSEA.

Selon l'historien Michel Luneau, « pendant trois décennies, l'ambiance va être difficile à vivre, car tout ce joli monde, qui se hait farouchement, se croise quotidiennement au sein des différents organismes agricoles. [...] La FNSEA, oriflamme de l'unité paysanne, a non seulement semé la discorde, mais aussi la haine entre paysans »

Toutefois cet esprit de liberté syndicale ne visait pas l’affaiblissement de la FNSEA, mais juste la représentation de tous les producteurs.

Des syndicats créés dans un esprit positif ou combattant ?

Au début de sa création, la Coordination rurale ne veut pas déstabiliser le syndicalisme traditionnel. Elle veut le faire évoluer et, très souvent, ses sympathisants demeurent à l’intérieur de la FNSEA avec l’objectif d’en faire changer « la ligne », sans succès. Après avoir tendu la main à tous les acteurs de la ruralité, d’où le nom de Coordination rurale, celle-ci s’est transformée en syndicat, car elle ne pouvait pas abandonner les agriculteurs qui lui avaient fait confiance.

La Confédération paysanne, se dit une alternative réaliste à un modèle d'agriculture industrielle qui élimine trop de paysans et de structures agricoles diversifiées. Elle combat un modèle agricole qui conduit à la domination économique de quelques structures hyperproductives et hyperconcentrées. Le syndicat Conférence paysanne dit se battre contre la contractualisation mise en place en 2012 notamment dans le domaine du lait. Pour eux, l'iniquité des contrats laitiers actuels ne fait aujourd'hui plus de doute.

L’objectif des fondateurs du Modef, quant à eux, était clairement de rompre définitivement avec la FNSEA, syndicat agricole unique à l'époque, en créant un mouvement syndical dissident. Dans les années 1970-80, le Modef parvient à concurrencer la FNSEA aux élections professionnelles dans plusieurs départements, mais la disparition de centaines de milliers de petites exploitations à partir des années 1980 entraîne un recul électoral et une marginalisation du Modef. 

 

Un peu d’histoire

  • FNSEA

Créée en 1946, la FNSEA est inspirée de la  Confédération générale de l'agriculture en 1943 lors du régime de Vichy. Plusieurs analysent que la FNSEA a hérité de l’esprit de ces structures de l’époque de l’occupation allemande, ce qui expliquerait la situation de quasi-monopole syndical qu’elle a longtemps eue. Toutefois, la liberté syndicale a été rétablie en France par la loi du 12 mars 1946. Le libre choix syndical dans le monde agricole est donc une réalité en France depuis 71 ans.

  • Jeunes agriculteurs

En 1947, la Confédération générale de l'agriculture (CGA), met en place une section jeune : le Cercle national des jeunes agriculteurs (CNJA) qui est investi par la Jeunesse agricole catholique (JAC). Selon l'historien Gilles Luneau, la Jeunesse agricole catholique qui représente alors « une troisième voie entre capitalisme et marxisme » s'inscrit dans un conflit de générations entre anciens et modernes dit-il. Aujourd’hui devenu les Jeunes agriculteurs (JA), ce syndicat qui représente les moins de 35 ans joint parfois sa voix à celui de la FNSEA.

  • Conférence paysanne

En 1987, la Confédération paysanne est créée pour porter des valeurs de solidarité et de partage en intégrant les dimensions sociales, agronomiques et environnementales dans la production agricole.

  • Coordination rurale

En 1991, ce sont trois agriculteurs du Gers qui réfléchissant aux conséquences de la réforme de la PAC ( Politique agricole commune) qui initient le mouvement de la Coordination rurale. Ils tournent le dos à la FNSEA et à son discours : « s’adapter, diversifier et relever le défi ».

  • Modef

Le 7 avril 1959, une quarantaine de militants paysans des départements du sud et du centre de la France issus de la section des fermiers et métayers et de la viticulture de la FNSEA se réunissaient à Toulouse pour créer une structure de coordination qui devenait le Mouvement de défense des exploitants familiaux.

Il revendique un prix minimum garanti pour toutes les productions, il veut remettre les aides à leur place: le soutien aux petits et moyens agriculteurs, à la qualité des productions et souhaite la sortie de l'agriculture de l'Organisation mondiale du commerce  et son transfert à la FAO. Ayant rejoint Via Campesina en 2001, le Modef participe aux initiatives altermondialistes.