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Y a-t-il une omertà dans le monde des grains ?

Yannick PATELLI ,

Denis Marois et Jean Goulet

La Vie agricole a reçu un appel étrange le 29 janvier dernier du président de Semences Phoenix 2013 inc. , Jean-François Briand, nous déclarant que la réunion de l’Atelier céréales du RGCQ (Réseau Grandes Cultures du Québec) qui se tiendrait à Drummondville le lendemain serait l’occasion pour nous de comprendre toute l’omertà qui règne dans le monde des grains. Il soutenait même que le silence visait à cacher des informations en lien actuellement avec les négociations de l’ALENA et qu’on était sur le point de vivre de la part des Américains un embargo sur les grains et la viande de porc et de bœuf canadiens.

Dans la soirée du lundi, il nous écrivait : « Mon nom est Jean-François Briand, président de Semence Phoenix 2013 inc. Tel que discuté au téléphone ce matin, nous avons découvert des irrégularités dans le fonctionnement général du Comité d'enregistrement des variétés. Je ne peux vous en écrire plus afin d'éviter des fuites.» et nous invitait à être présent dès le début de la rencontre de ce comité. Ce que nous avons fait.

Cartier pas au courant

Auparavant La Vie agricole a contacté Jacques Cartier, président du CEA ( Conseil des entrepreneurs agricoles), figure du monde agricole très impliquée dans le monde des grains. Il  semblait ne pas comprendre la raison pour laquelle La Vie agricole devrait se retrouver à couvrir un comité technique. Jacques Cartier s’est plutôt entretenu avec nous de son échange dans l’après-midi même avec le ministre de l’Agriculture du Québec, Laurent Lessard, qui l’aurait rassuré quant aux négociations actuelles dans l’ALENA concernant le secteur des grains notamment. « Il n’y pas de panique à court terme», a précisé M.Cartier. « C’est sûr que dans les autres provinces on parle aussi des risques pour l’exportation de la viande primaire et que du temps de Pierre Paradis on entendait plus parler des ententes à cinq provinces ( le P5) mais Laurent Lessard a été rassurant en mettant de l’avant la forte présence de ministres québécois aux États-Unis ces derniers temps. Aujourd’hui tout est concentré sur la gestion de l’offre parce que le lobbying est plus gros.»

Début de chahut à l’atelier à Drummondville

Après s’être annoncé le 30 janvier dernier à l’Hôtel Times à Drummondville et s’être assuré que cette rencontre n’était pas à huis clos, La Vie agricole a assisté à un début de chahut tenté par Jean-François Briand lorsqu’il a fait une intervention concernant l’ordre du jour : « Est-ce que je peux avoir un droit de parole M.Goulet?», a dit Jean-François Briand s’adressant à Jean Goulet président de l’atelier.

« Ça prend un sujet», lui a répondu le président.

Par la suite M.Briand demandera des changements au procès-verbal de l’an passé : « Je pense qu’il en manque un bout», dit-il.

La secrétaire a réagi en disant : « C’est moi la secrétaire, on ne passera pas trois heures là-dessus! Il est écrit `` comme le blé n’a pas été testé au Québec, le dossier est clos``. Ça sert à rien d’écrire trois pages ! C’est clair !»

Le président de l’atelier exaspéré !

Jean Goulet, président de l’Atelier du RGCQ a pris quelque peu la mouche en déclarant qu’il était tanné d’entendre M.Briand «année après année» et il s’est interrogé de la présence de notre média sans son autorisation au préalable !

Le président Goulet a enchaîné en interpellant Jean-François Briand : « Si t’es venu juste pour faire ça, moi je suis pas capable. J’en ai mon voyage! Si t’es juste là pour mettre des bâtons dans les roues, la porte est là ! En plus tu as invité La Vie agricole, j’étais même pas au courant. Ça ne me dérange pas qu’ils soient là mais je veux juste être au courant. C’est moi qui gère l’assemblée ici, c’est pas toi !»

Ce à quoi Jean-François Briand a soutenu référant au procès-verbal en question: « Vous savez que ce sont de grosses irrégularités.»

M.Goulet a démenti puis exaspéré a demandé l’aide de l’assistance : « Faites de quoi !»

Une salle composée de professeurs d’université, de chercheurs, de représentants des gouvernements fédéral et provincial, de représentants de compagnies ont semblé faire bloc face à cette tentative de déstabilisation dans un silence soutenu pour la plupart. Quelques personnes sont intervenues pour souligner la qualité dudit procès-verbal.

En fin de matinée alors que le comité poursuivait ses discussions techniques, M.Briand au cours d’une pause dans les couloirs de l’hôtel Times nous a fait savoir qu’il pourra nous expliquer toute la teneur du dossier en nous rencontrant à nos bureaux à Québec dans les prochains jours.

Jean-François Briand