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Le nouveau Partenariat Trans-Pacifique ouvre la porte à des tonnes de denrées étrangères

Denise PROULX ,

L’accord de principe du Canada pour la signature d’un nouvel Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), signifie que les consommateurs se verront offrir une quantité phénoménale de produits de lait, d’œufs et de volaille importés au cours des 20 prochaines années. Une révolution qui indique clairement que les producteurs sous gestion de l’offre auront fort à faire pour garder leurs parts de marchés au Québec et au Canada. Des pertes sont estimées en milliards de dollars.

Le gouvernement fédéral n’a rien renégocié en termes d’agriculture dans le nouveau PTPGP. À terme, les producteurs étrangers pourront accaparer jusqu'à 3,25 % du marché des produits laitiers pour les cinq premières années, suivis de 1% supplémentaire au cours des 13 années subséquentes. 

En volume réel pour le lait, cela signifie que les importations passeront de 8,333 tonnes métriques  qui entreront en sol canadien dès la première année de l’entente à 57 000 tonnes au bout des 19 ans et dans les années subséquentes.

Plus de volailles et d’œufs

Globalement, le gouvernement fédéral parle d’un pourcentage d’entrée supplémentaire de 2,3 % pour les oeufs, de 2,1 % pour le poulet, de 2 % pour le dindon et de 1,5 % pour les oeufs d'incubation de poulets de chair qui viendront gruger les volumes de production et de mise en marché.

Lorsque l’on fouille les détails de l’entente, les volumes s’avèrent impressionnants dans les secteurs des œufs et de la volaille. Une analyse faite par les Producteurs de poulet du Canada mentionne, dans un communiqué de presse, que l'accès consenti dans le cadre du nouveau PTPGP portera le total des importations additionnelles à l’équivalent de 9,6 % du marché canadien.

« Ces mesures et programmes annoncés au moment où l'accord original a été conclu visent le poulet à griller faussement étiqueté et importé comme poules de réformes, l'ajout de sauce afin de contourner les contingents d'importation et l'exclusion des produits sujets à la gestion de l'offre dans le PRD (programme de report des droits) afin de mettre un terme aux échappatoires », a dénoncé les Productions de poulet du Canada.

De plus, le nombre d’oeufs de consommation étrangers augmentera significativement sur les tablettes des supermarchés. On parle d’une hausse de volume des importations de 2,8 millions de douzaines à 19,1 millions douzaines en deux décennies.

Quant aux œufs d’incubation et de poussins, leur volume passera de 167,000 douzaines à 1,2 million de douzaines (dz) en 19 ans.

Bras de fer pour obtenir des compensations

En 2015, le gouvernement fédéral promettait des milliards de dollars compensations pour faire accepter ces concessions au milieu agricole sous gestion de l’offre.

Cette fois-ci, pas un mot sur le sujet. Le fédéral préfère vendre l’idée que le PTPGP haussera le pouvoir du Canada au sein des onze pays signataires, qui ont poursuivi leur volonté de conclure une entente, malgré le retrait des États-Unis. Le Canada plaide que cet accord lui permettra de se libérer de sa dépendance de son voisin du Sud.

En 2015, malgré les compensations promises par le fédéral, certains avançaient que chaque producteur perdra 50% des revenus anticipés sur sa croissance annuelle.

Aujourd’hui, selon des communications émises par le ministère de l’Économie du Québec (MESI), « il sera essentiel que le gouvernement fédéral mette en place des programmes de compensation adéquats pour ce secteur ».

On a assez donné dit l’UPA !

Quant à l’UPA, elle martèle que les producteurs agricoles ont assez donné et qu’aucune nouvelle concession ne doit être consentie, notamment dans le cadre des négociations de l’ALENA.

« Les Producteurs de lait du Québec sont extrêmement déçus du fait que le Canada a l’intention de signer un PTP à 11 pays, sans même rééquilibrer les concessions aux marchés sous gestion de l’offre », a déclaré son président Bruno Letendre.

Faits saillants (fournis par le MESI) :

  • Le PTPGP regroupe l'Australie, le Brunei Darussalam, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, le Vietnam et le Canada. Il représente près de 15 % du PIB mondial et réunit environ 500 millions de consommateurs.
  • En 2016, les exportations du Québec vers les pays du PTP-11 totalisaient 4,3 milliards de dollars, ce qui représente plus de 5 % de ses exportations internationales.
  • Ces marchés offrent un bon potentiel pour les exportateurs québécois, car les pays partenaires de l'Accord ont importé, en 2016, des produits pour une valeur de 1 969,6 milliards de dollars.