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Pesticides : Il y a une alternative en agriculture selon l’AIPS

Denise PROULX ,

Citoyens et organismes soucieux de santé publique tolèrent de moins en moins la présence de pesticides et d’antibiotiques dans leur alimentation. Réunis autour de Pascal Priori, qui est l’un des fondateurs et porte-parole de l'Alliance pour l'interdiction des pesticides systémiques (AIPS), ils se lancent dans une vaste campagne d’information pour conscientiser à la fois les agriculteurs et les consommateurs.

« On n’est pas suffisamment informé pour entrainer le passage à l’action. Et c’est très clair que le Québec recule, malgré ses politiques agricoles supposées réduire les risques. La vente de pesticides n’a jamais été aussi grande et cela, sans compter les néonicotinoïdes », explique le porte-parole de l’AIPS, Pascal Priori.

Il donne en exemple qu’entre 1985 et 2015, le volume de pesticides utilisés en agriculture est passé de 2600 tonnes à 12 000 tonnes. Ceci avec la complicité des agronomes, des fonctionnaires du MAPAQ et d’Agriculture et Agroalimentaire Canada « qui ont laissé la responsabilité des contrôles à l’industrie privée ».

Il ajoute : « au nom de la compétitivité et comme police d’assurance, on a fait des choix politiques dont les premières victimes sont les producteurs agricoles eux-mêmes et leurs familles. »

Il déplore vivement que le président des Producteurs céréaliers du Québec, Christian Overbeek, n’ait pas montré plus d’ouverture pour aider les producteurs agricoles à trouver des produits non enrobés sur le marché, et des alternatives sur le terrain, au nom de la sécurité financière.

« Parler de leur santé aux agriculteurs, c’est un gros tabou. Ça démontre que  l’industrialisation de l’agriculture ne les sert pas. Nous lançons un appel à des témoignages d’agriculteurs qui vivent la maladie de Parkinson, des cancers ou dont leurs enfants souffrent d’autisme », ajoute le cofondateur et porte-parole de l'AIPS.

Cultiver différemment

« Il existe un problème réel au niveau de la formation, beaucoup axée sur les grandes cultures», renchérit la productrice maraîchère biologique de l’Ile Bizard et co-propriétaire de la ferme Terra Millefolia, Sophie Boulerice, à l’occasion d’une soirée publique d’information.

Optimiste, elle constate néanmoins que les choses changent et qu’un nombre croissant de jeunes agriculteurs apprennent à reconnaître les ravageurs et leurs cycles de vie. Elle constate également que certains agronomes tendent à moins prescrire de pesticides systémiques et à privilégier une agriculture raisonnée, axée sur un meilleur contrôle des ravageurs et une utilisation de biopesticides, lorsque c’est possible.

Séduire les agriculteurs conventionnels

Sophie Boulerice souhaite que les moyens alternatifs largement utilisés par les maraîchers biologiques puissent aussi séduire les producteurs conventionnels.

« Le système alimentaire actuel est fait de sorte qu’il soit difficile de produire sans pesticides. C’est là où il faut transformer les choses, modifier les standards de présentation des aliments. Il faut changer les mentalités non seulement des agriculteurs, mais des distributeurs et des grossistes », ajoute la productrice de l’Ile Bizard.

Elle souhaite également une plus grande ouverture dans les processus d’homologation, de sorte que Santé Canada accepte des recettes naturelles maison qui ont fait leurs preuves, comme l’usage de l’ail. Un comité canadien travaille sur ce sujet.

De gauche à droite: Sophie Boulerice (Ferme maraîchaire Terra Millefolia), Pascal Priori (Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques), Andreas Rerych (Ferme maraîchaire Terra Millefolia) , à l'extrême droite (Marlène Pominville-Racette: qui animait la rencontre