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Le Québec fait-il mieux que l’Ontario dans le contrôle règlementaire des néonicotinoïdes?

Denise PROULX ,

Le Québec n’invente rien de neuf ni d’avant-gardiste avec sa nouvelle réglementation sur l’usage de certains pesticides. Déjà en 2015, l’Ontario imposait aux producteurs une obligation d’obtenir une ordonnance d’un conseiller en lutte antiparasitaire pour faire usage des néonicotinoïdes. Depuis le Grain Farmers Organisation(GFO) tout comme les Producteurs de grains du Québec, fait des pieds et des mains pour minimiser le contrôle. Ce que déplorent les apiculteurs.

Cette décision de l’Ontario faisait suite à une méta-étude réalisée par  le Task Force on Systemic Pesticides (TFSP), un regroupement international de scientifiques indépendants qui a produit en 2014 une première revue de la littérature scientifique sur les impacts écologiques des néonicotinoïdes. La recherche s’est appuyée sur l’analyse de 1100 rapports scientifiques, incluant des données en provenance des manufacturiers, qui identifient clairement « une nette évidence de la menace » que font peser les néonics non seulement sur les abeilles, mais aussi sur les insectes aquatiques, les vers de terre et les oiseaux des champs, par un effet de cascade.

En 2017, alors que l’Ontario tentait toujours d’atteindre l’objectif de réduire de 80% l’usage des néonicotinoïdes en agriculture, le TSSP réaffirmait son inquiétude des impacts de ces pesticides sur toute la chaîne bioalimentaire, même à faible dose.

Résistance des céréaliers

L’Ontario impose que seul un conseiller en lutte parasitaire indépendant, non associé aux manufacturiers de semences, soit autorisé à signer l’ordonnance d’un usage de néonicotinoïdes.

Les Producteurs de grains de l’Ontario disent faire leur bout de chemin depuis et travailler à l’application les recommandations gouvernementales ontariennes, sans toutefois ne cesser de contester les objectifs visés.  Tout comme les producteurs québécois, ils craignent que trop peu de conseillers indépendants soient disponibles.

Selon la Fondation David Suzuki, la réalité serait que plusieurs céréaliers auraient changé certains pesticides pour d’autres non visés par la réglementation ontarienne, mais tous aussi dangereux pour la biodiversité.

Peu de progrès

Le 7 mars dernier, l’Ontario Beekeepers Association(OBA)  écrivait à la Première ministre Kathleen Wynne et aux ministres de l’Agriculture et de l’Environnement, pour déplorer le peu de progrès réalisé à ce jour. L’OBA affirme que les dernières données publiées par leur ministère de l’Environnement pour 2017 n'ont montré qu'une diminution de 22% de la superficie traitée et une réduction de 16% pour le soja, « ce qui indique un écart important dans l'atteinte de l'objectif du gouvernement de l'Ontario de réduire l'utilisation de pesticides néonicotinoïdes sur les grandes cultures. »

Son président, Jim Coneybeare, réclame du gouvernement ontarien que des règles de contrôle contre les conflits d’intérêts des conseillers en lutte parasitaire soient mises en œuvre, au même niveau que celles annoncées par le gouvernement du Québec.

Il  reproche également à l’ARLA de ne plus prélever d’abeilles et autres insectes morts dans les champs, ce qui lui permettrait  de cacher l’effet réel de la situation.