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Inoculer l’ensilage

Nathalie GENTESSE, M.Sc., agr. ,

Il ne se passe pas une journée sans que la question suivante vienne me hanter : Quelle est la formule la plus efficace et la plus simple pour assurer une productivité élevée tout en préservant la rentabilité des fermes? Passent alors en revue les meilleures combinaisons d’ingrédients éprouvés par des recherches sérieuses. Bien des recettes fonctionnent, mais leurs impacts ne sont jamais aussi grands que l’effet d’un bon ensilage versus un mauvais ensilage.

Nous disposerions donc d’une solution si évidente en face de nous? Il faut avouer que le processus de conservation par l’ensilage demeure abstrait pour plusieurs. Il faut s’imaginer des bactéries présentes naturellement à la surface du fourrage. Celles-ci transforment les sucres solubles des plantes en acides. L’acide lactique est le principal produit de cette fermentation. À mesure que l’acide est produit, le pH de l’ensilage diminue, ce qui empêche la dégradation de la valeur alimentaire et la croissance des microbes pathogènes. Le résultat de la fermentation dépend de la population microbienne la plus nombreuse. Ainsi, certaines conditions, comme une humidité excessive des plantes récoltées, favorisent plutôt le développement de bactéries néfastes. Dans d’autres cas, comme lors d’un été très pluvieux, le nombre de bactéries naturelles sur les plantes est parfois tout simplement insuffisant pour une fermentation rapide et une conservation optimale du fourrage.

L’ajout d’un inoculant bactérien au fourrage frais augmente les chances d’obtenir un ensilage de bonne qualité et devrait être considéré comme une police d’assurance indique Tim McAllister et son équipe de chercheurs en Alberta. Les inoculants de base, contenant des bactéries qui produisent de l’acide lactique, renforcent la population naturelle présente sur les plantes récoltées. Le pH de l’ensilage chute plus rapidement, ce qui provoque l’arrêt de la respiration des plantes. Il faut savoir que la respiration « brûle » les sucres de la plante. Or, les sucres constituent d’abord la matière première pour la production d’acides dans l’ensilage. Ils sont également un nutriment de choix, ultradigestible pour la production laitière via la fermentation dans le rumen. En résumé, l’inoculant augmentera les chances de victoire de la population des bactéries lactiques, abaisser le pH de l’ensilage plus rapidement et conserver un maximum de sucres pour alimenter l’animal.

De nombreuses études scientifiques démontrent une amélioration générale de la fermentation des ensilages d’herbe ayant été traités avec des inoculants lactiques. La diminution accélérée du pH a préservé la qualité de la protéine et  réduit la croissance des organismes néfastes tels que les clostridies et les moisissures. La meilleure conservation de l’ensilage d’herbe obtenue dans des études comparatives est souvent montrée comme le déclencheur d’une augmentation de production de lait, explicable par une consommation d’aliments plus élevée par les vaches. Certains composés produits lorsque la fermentation de l’ensilage n’est pas idéale sont responsable soit d’un mauvais goût ou carrément d’un effet inhibiteur sur l’appétit des animaux.

L’utilisation d’un inoculant lactique dans l’ensilage d’herbe est un outil éprouvé pour améliorer la qualité de conservation des fourrages. De bons résultats seront obtenus dans la mesure où  les bonnes pratiques de récolte et d’entreposage des ensilages sont respectées. Voilà donc par où commencer pour optimiser la productivité et la rentabilité des fermes.