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Connaissez-vous NetFlix, pas moi!

Yan TURMINE, agr. ,

Le numérique prend de plus en plus de place dans nos vies, les changements technologiques passent par là. Le numérique bouleverse le commerce, nos divertissements et nos lois qui ne l’avaient pas prévu il y a à peine 20 ans. Nos relations sociales s’en trouvent aussi transformées, et cela engendre de grands débats : On a qu’à penser à Facebook. Cependant le monde rural peine à suivre, faute d’accès à un internet convenable ou tout simplement à un réseau cellulaire fiable et moderne. Ce manque d’accès à la technologie isole tranquillement le monde rural du développement.

 Je vis pas très loin de Drummondville, à peine à 15 minutes des centres d’achats, dans un rang d’une petite municipalité. L’accès par internet a toujours été compliqué. Au début des années 1990, on pouvait y avoir accès par les lignes de téléphone, mais à mesure que les vitesses et les quantités de données augmentaient les lignes de cuivre ne suffisaient plus. Par la suite, on a pu améliorer notre accès, moyennant un certain coût,  par micro-ondes à travers un émetteur mis dans le clocher de l’église (une nouvelle vocation pour cette église déserte). Mais les vitesses et la quantité de données augmentant ont eu raison de cette façon. Aujourd’hui je me rabats sur mon cellulaire (avec un «booster» assez fort, car le signal sur mon cellulaire est faible) et un forfait qui me permettent d’avoir un minimum de données par mois pour naviguer et faire mon travail. Bien entendu pas question de visionner trop de vidéo ou d’aller sur Netflix, cela me coûterait une fortune et cela ne marcherait pas trop bien.

Et je ne vis pas au fin fond du Québec

Ma situation n’est pas unique, et je ne suis pas au fin fond du Québec, je vis à 5 minutes de l’autoroute 20 entre Québec et Montréal. Je connais des gens en milieu rural qui peuvent voir le centre-ville de Montréal de là où ils sont et qui connaissent les mêmes problèmes d’accès que moi à la technologie du numérique. L’utilisation d’outils modernes dans notre travail nécessite de plus en plus l’accès au « cloud » pour échanger de gros volume de données numériques. Faute d'accès le monde rural n’aura pas ces nouveaux outils et n’aura donc pas accès au développement qui accompagne ces technologies. Cela à long terme videra les campagnes de ses entreprises efficaces, et par le fait même entraînera la pauvreté et la désolation.

Nos gouvernements sont de plus dépassés par la révolution numérique. Ils ont de la difficulté à la gérer, même au niveau fiscal, pourtant sur ce point ils sont assez rapides habituellement. Leurs actions sont plutôt timides, ils laissent des géants gérer le tout selon une logique d’utilisateur-payeur, ce qui laisse les zones à plus faible densité humaine, comme où je reste sur le carreau, car non rentable.

Cette logique entraîne une logique d’isolement et de déstructurisation  de notre monde rural.  Cela risque de peser lourd à long terme pour plusieurs secteurs économiques de premier plan au Québec, surtout que d’autres pays imposent des logiques d’occupation de territoire pour le service numérique. Cela risque de rendre obsolètes et non compétitives nos industries situées en milieu rural à moyen terme. Dans un monde moderne, l’accès aux données numériques est aussi essentiel que les routes et l’électricité. Il y a 80 ans le monde rural s’est battu afin d’avoir les routes et l’électricité, cela a permis de sortir ce monde de la pauvreté.

À l’époque il y avait beaucoup de monde dans les campagnes, c’était plus facile politiquement d’avoir de la vision. Aujourd’hui une minorité de gens se trouve en campagne, mais leurs contributions économiques au sens large ne sont pas minimes. Nos politiques auront-ils assez de vision pour éviter que le monde rural ne devienne un désert d'épinettes ?