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Politique bioalimentaire : le milieu agricole applaudit, mais en veut plus encore

Denise PROULX ,

La Politique bioalimentaire du gouvernement du Québec plaît pour l’étendue de l’implication qu’elle amène entre le MAPAQ et plusieurs ministères. Mais elle apparait inachevée pour plusieurs observateurs et la députée caquiste Sylvie D’Amours. Une chose est certaine,  la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, devra faire preuve de doigté pour convaincre les producteurs agricoles de devenir des partenaires de son ministère, et ainsi préserver les espaces boisés et les milieux humides qu’ils convoitent dans le cadre d’une levée du moratoire sur les superficies en culture.

Largement consultée durant les travaux préparatoires de la Politique bioalimentaire, l’UPA n’avait pourtant pas que des bons mots à partager. Même si Marcel Groleau parle « d‘une grande journée pour l’agriculture »,

il n’a pas caché sa déception sur divers points.

Le président de l’UPA aurait souhaité, notamment, plus de soutien aux agriculteurs en région. Il n’aime pas non plus les règlements déposés par le ministre Isabelle Melançon, considérant insuffisantes l’ouverture des territoires et la gestion des risques en agriculture. « On voudrait pouvoir cultiver davantage, on veut une levée du moratoire sur les superficies en culture», a-t-il plusieurs fois répété en point de presse.

Le Rapport Pronovost escamoté

 Le président de l’Union Paysanne, Maxime Laplante, salue que le gouvernement veuille augmenter le pourcentage de nourriture québécoise dans les institutions et doubler les superficies en production biologique. Il apprécie l’idée de développer des laboratoires en milieu rural pour innover dans de nouveaux types de production.

Mais, il estime que la Politique n’a pas présenté d’objectifs clairs sur ce que la société civile veut.

Il déplore que la « Politique escamote complètement les objectifs de la Commission Pronovost. Toute la remise en question du monopole de l’UPA (n’est y pas). On continue à ne conserver qu’un seul discours, celui de l’agriculture productiviste. On n’ouvre pas du tout la réflexion sur la gestion de l’offre(…), il va falloir la modifier. Le gros du budget va encore vers l’exportation, la spécialisation des fermes, on conserve le contrôle que l’UPA a sur les fermes au Québec», dit-il.

Maxime Laplante demande que les programmes soient mesurés, afin de savoir clairement si dans cinq ans, il y aura plus de relève et moins d’endettement sur les fermes, l’arrivée de néo-agriculteurs, plus de biodiversité.

«  On n’est pas contre l’exportation, mais ça ne devrait pas être un objet de subvention. (Il faut) protéger les ressources nécessaires à la production, les sols, l’eau, les travailleurs agricoles aussi. Occuper le territoire de façon décentralisée. C’est à ça que devrait servir la Politique », a-t-il énoncé.

S’occuper d’abord des terres en friche

Jacques Cartier, président du Conseil des entreprises agricoles, pense que la Politique devra s’occuper d’abord des terres laissées en friche, bien qu’il approuve la levée du moratoire des superficies en culture. « Il faut s’occuper de faire l’appariement entre les jeunes qui veulent produire et les terres disponibles. Il est aussi important (…) de revitaliser les belles parcelles, mais ne pas le faire au détriment de l’environnement », a-t-il mentionné.

Les agriculteurs, des partenaires de l’environnement

La ministre du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques(MDDELCC) est consciente de la pression que le milieu agricole, et ses collègues, lui mettent sur les épaules. Elle ne se laisse pas démonter pour autant.

« Moi, je parle de partenaires. C’est comme çà que moi je veux traiter les agriculteurs au ministère de l’Environnement.  Et c’est exactement vers çà où on travaille. On a déjà déposé le Règlement sur l’évaluation et l’examen des impacts environnementaux (RRIE). Je suis en consultation  pour les 23 autres règlements qui sont en lien avec la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE). C’est ce que le milieu m’a demandé et il faut toujours gardé à l’esprit que ça doit être fait dans le respect de l’environnement », a argumenté la ministre en entrevue avec La Vie agricole.

L’ombre des élections

Enfin, la députée caquiste Sylvie D’Amours reconnait que les idées de la Politique bioalimentaire sont bonnes. Mais, ajoute-t-elle, l’ombre dans sa mise en œuvre demeure le budget qui lui est accordé, rappelant que l’argent neuf ne vient que du fonds consolidé, laissant le MAPAQ sans ressources supplémentaires.

« On le sait tous, on s’en va en campagne électorale. Et en étude des crédits dans les prochaines semaines. Il est probable que le projet de Loi va être déposé. (…) Mais, on va arriver au 1er octobre avec un projet qui n’aura pas été travaillé, ni adopté. »

Et elle ne s’engage pas à ce que ce dernier le soit par la Coalition Avenir Québec, puisqu’elle croit que les « priorités ne sont pas au bon endroit.»

Rendez-vous sur LVAtv.ca pour voir l’intégrale des commentaires émis à la suite de l’annonce de Politique bioalimentaire du Québec.