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Avis public

Qui mène les fédérations du lait au Canada ?

Denise PROULX ,

Les producteurs laitiers le disent à répétition, ils n’y comprennent plus rien aux stratégies de leurs dirigeants. Après s’être fait promettre quatre jours de production additionnelle à l’été et à l’automne, voilà que  les fédérations du lait les leur retirent et en plus, coupent pour tous  1,5% de leur droit de produire à compter du 1er mai. Qui prend pareille décision ? Pourquoi ? Des producteurs analysent.

Selon le communiqué officiel des Producteurs de lait du Québec, « la production dépasse la croissance actuelle et prévue du marché et les producteurs disposent d’une marge de manœuvre importante pour accroître leurs livraisons en raison des jours de production en retard accumulés dans leur marge de tolérance. » Le communiqué précise que les stocks canadiens de beurre atteignaient à la fin mars plus de 37 000 tonnes, et qu’ils pourraient monter à 40 000 tonnes à la fin juillet. 

La productrice laitière de Saint-Placide, Lise Beauchamp, qui a repris un poste au sein du conseil d’administration régionale du lait Outaouais-Laurentides, accepte les explications qui lui sont fournies. « À ce jour, je ne vois rien de pas correct. Je leur donne le bénéfice du doute. Il y a tellement de facteurs de changement. On n’en est pas à la première coupure de production, on va s’adapter », avance-t-elle sans trop s’inquiéter du poids des investissements que certains producteurs laitiers ont réalisés au cours des derniers mois.

Des transformateurs exigeants

Sylvain Dénommé du Témiscamingue est d’un avis différent. Il estime que les dirigeants du P5 ont cédé trop facilement aux pressions exercées par des investisseurs qui investissent dans trois usines de transformation de lait au Canada, surtout du côté de l’Ontario.

« On a cru les Chinois et Parmalat qui ont dit avoir considérablement besoin de lait. On a ouvert les vannes, mais les usines ne seront pas prêtes avant 24 mois. On ne sait pas à quel prix ils sont prêts à l’acheter notre lait. Si on en produit trop, ils vont faire comme en France et les transformateurs ne voudront payer qu’un prix dérisoire. Cette entente nationale négociée, elle est tout croche », répète-t-il depuis des mois sur les réseaux sociaux qui réunissent les producteurs de lait.

Le communiqué des PLQ enchaîne que « d’avril 2014 à juillet 2017, le droit de produire a augmenté de 21,5 %. (…) La Commission canadienne du lait (CCL) observe une augmentation des livraisons au Canada de 6,7 % en février 2018 par rapport à février 2017. Il faut maintenant ralentir le rythme pour éviter la surproduction, d’autant plus qu’en 2018 il entrera 6 000 tonnes de nouveaux fromages européens sur notre marché en raison de l’accord avec l’Union européenne. »

« Au moins, ils nous en disent plus qu’avant », ajoute Lise Beauchamp.

Encore trop de lait diafiltré

Ce qui dérange bien des producteurs, c’est que malgré les concessions consenties aux transformateurs, ces derniers continuent à acheter du lait diafiltré des États-Unis, pour répondre à leurs besoins de produits transformés.

Un observateur du milieu qui a requis l’anonymat, estime qu’après la baisse des achats en 2017, due à la pression des producteurs de lait, le phénomène reprend de l’ampleur.

De son côté, le producteur de lait de Saint-Hyacinthe, Martin Scott, affirme qu’il  « y a 5 ans c’était environ 24 millions d’importation par année de lait diafiltré, la deuxième c’était 38 millions, la troisième 92… et cette année 2017, 33 ou 34 millions. Le graphique que j’ai vu démontre qu’il y a encore beaucoup d’importation de lait diafiltré».

À cela, les PLQ répliquent qu’on « ne peut pas comparer les données 2017 et celles de 2016, car la méthodologie n’est pas la même au niveau des quantités. On peut toutefois regarder les valeurs d’importation : on voit qu’on est passé de 76,5M$ pour les 6 premiers mois de 2016 à 54,4 M$ pour les 6 premiers mois de 2017. La baisse ne semble pas élevée, mais elle ne reflète pas les changements depuis le début de l’année. Si on regarde les données mensuelles, nous sommes passés de 7,7 M kg de produit importés en janvier 2017 à 1,6 M kg de produit importé en juin 2017. »