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Entrevue exclusive avec la Déléguée générale du Québec à Tokyo: Le Japon en demande de produits québécois !

Richard Smith, correspondant à Tokyo ,

Luci Tremblay

NDLR :Après avoir oeuvré pendant huit ans comme directrice des communications du Festival d'été de Québec comme point culminant d'une carrière de plus de 30 ans en journalisme et communications, Luci Tremblay est depuis octobre dernier Déléguée générale du Québec à Tokyo. Elle a accordé l'entrevue suivante à Richard Smith, correspondant de La Vie agricole au Japon.

Richard Smith : Quelle est la part actuelle d’exportations en agroalimentaire du Québec vers le Japon, et son évolution dans les 10 dernières années ?

Luci Tremblay : «Les exportations générales du Québec vers le Japon augmentent d'année en année. En 2017, le Québec a exporté en tout pour une valeur de $1,36 milliard vers le Japon. L'agroalimentaire représente là-dessus 40 pour cent (près de $543 millions en 2017) de nos exportations vers le Japon».

RS : Quelles sont les ambitions avec l’Empire du Soleil levant pour le futur ?

LT : «Ce sera toujours une priorité, c'est 40 pour cent de nos exportations. Le Japon n'est pas autosuffisant en alimentation, il a besoin d'importer à peu près 40 pour cent de son agroalimentaire, de ses biens en nourriture. Donc, il compte beaucoup sur les produits étrangers, il compte beaucoup sur le Québec. "C'est un marché extraordinaire, mais il ne faut pas le négliger, il ne faut pas le prendre pour acquis, il faut toujours continuer à le travailler". Et comment on le travaille ? C'est en apportant toujours des produits de grande qualité, mais aussi on essaie avec les années d'introduire de nouveaux produits, de nouveaux aliments. C'est ce qu'on a fait ces dernières années».

RS : Par exemple?

LT :«Juste au cours de la dernière année, des barres tendres énergétiques, des barres de protéines, du couscous. A FOODEX, il y avait un comptoir de couscous, les couscous Zinda (de Produits Zinda, une entreprise de Candiac). J'en achetais à Québec, du couscous Zinda, parce que je le trouve très bon mais je ne savais pas que c'était québécois, j'étais sûre que c'était importé. C'est vendu ici, je l'ai vu dans les magasins Khaldi (une chaîne de 450 mini-magasins d'alimentation basée à Tokyo). Un autre produit qu'on est en train d'introduire, c'est de l'huile de cameline. On va être capable de percer le marché japonais, les gens se sont montrés très intéressés».

RS : Le sirop d’érable est-il toujours aussi prisé au Japon, ou les Japonais se tournent-ils vers d’autres produits québécois ?

LT : «Le sirop d'érable est toujours aussi populaire, mais ce qui gagne en popularité depuis quelque temps, c'est le beurre d'érable et le sucre d'érable.Le Japon est le troisième marché d'exportation le plus important pour le Québec en ce qui a trait au sirop d'érable, après l'Allemagne et les États-Unis. Ce qui est nouveau, ce qui est intéressant, c'est que l'industrie alimentaire japonaise utilise de plus en plus le sirop d'érable dans la confection de différents produits. D'ailleurs, et je suis toujours surprise, c'est bien souvent des choses qu'on n'a pas au Québec. Je vois beaucoup dans les boulangeries du pain à l'érable, des croissants à l'érable, des danoises à l'érable. Ça, c'est un débouché intéressant pour nos producteurs de sirop d'érable, de savoir que le sirop est utilisé pas juste pour la consommation à la maison, mais aussi par l'industrie alimentaire».

RS : Quel avenir pour l'eau d'érable ?

LT : «L'eau d'érable, je n'en ai même pas vu commercialisé au Québec. Aux États-Unis, ce qui est très à la mode, c'est l'eau de noix de coco. C'est dans de petites boîtes en carton comme pour l'eau d'érable, ça s'appelle "Vita Coco". Je suis allée dans des festivals commandités par Vita Coco, les gens avaient tous des petites boîtes d'eau de noix de coco. C'est exactement le marché que les exportateurs Necta (de Terrebonne) et Seva (de Montréal) veulent aller chercher avec l'eau d'érable. C'est un bon produit, puis ça goûte bon. Ce que je trouve intéressant aussi à FOODEX, c'est la diversification du produit de l'érable. Il y en a qui sont arrivés avec du sirop d'érable aromatisé, entre autres un sirop d'érable au yuzu (un agrume originaire de la Chine, aussi cultivé au Japon et en Corée), donc très intéressant pour cuisiner et faire mariner du poisson. Une autre compagnie avait six saveurs de sirop d'érable, qui allaient du wasabi (raifort japonais) à la fraise et au café. Un poisson ou du poulet mariné dans le sirop d'érable au wasabi, c'est excellent. Le marché japonais est déjà séduit avec notre produit de base, alors on pousse un peu plus loin avec des produits un peu plus innovateurs. Il y a aussi le sirop d'érable biologique qui en séduit plusieurs. Un autre produit qui est en croissance, qui se rapproche du sirop d'érable, c'est le miel. Les Japonais aiment beaucoup le miel. Cela m'a frappé d'ailleurs, quand je suis arrivée ici, le nombre de magasins de miel. Au Québec, on n'a pas ça. De plus en plus, le miel québécois est en train de faire une petite percée».

RS : Quelle est la situation du marché du porc québécois au Japon ?

LT : «Le marché du porc québécois est absolument fantastique. Depuis que je suis arrivée ici, on dirait que j'apprends quelque chose chaque semaine sur le porc québécois. Le Japon est le deuxième plus grand acheteur de porc du Québec dans le monde. L'an dernier, le Québec a exporté $365 millions de viande porcine au Japon, c'est un record dans les 10 dernières années. Et ici, ce qui est très populaire c’est le porc réfrigéré. Les chercheurs québécois ont réussi à développer un porc réfrigéré, non congelé, qui se conserve pendant 21 jours. Donc, le porc a amplement le temps de partir de l'usine du Québec, d'arriver ici, d'être distribué dans les commerces et d'être vendu. C'est d'ailleurs ce qui a séduit l'année dernière Costco Japan, qui a décidé de remplacer le porc américain qui était vendu dans les 26 magasins Costco au Japon par du porc québécois. Je suis allée chez Costco dernièrement et j'ai effectivement acheté des filets de porc qui sont étampés gros comme ça: "Olymel". Ce qui plaît aux Japonais de ce porc, c'est qu'il n'a pas de gras, il est impeccable, ainsi que la traçabilité dans les usines. Il y a un Japonais dans chaque usine d'Olymel pour vérifier la qualité, et le Québec est reconnu pour sa traçabilité. S’il y a un problème, on est capable de retrouver c'était quel cochon, dans quelle ferme, qui a causé le problème. Pour les Japonais, qui accordent de l'importance à cela, c'est rassurant. Cela fait partie des arguments de vente du Québec. Canada Porc International a aussi fait une bonne campagne de publicité qui englobe le porc du Québec et qui aide encore une fois à positionner le porc du Québec sur le marché japonais. Je ne sais pas combien de fois sur 10, on peut dire au restaurant qu'on mange du porc québécois, mais ça arrive pas mal souvent».

RS : Comment se porte le marché du saumon fumé québécois au Japon ?

LT : «Le saumon fumé est un marché important. L'entreprise Bleumer (de Beauport) a commencé à vendre son saumon fumé au Japon il y a deux ans, et ça augmente à chaque commande. C'est un importateur qui vend en vente directe, et non au détail en magasin. Il faut être membre abonné, et il nous dit que ses ventes sont toujours en croissance».

RS : Après des années au coeur du Vieux-Québec, comment s'adapte-t-on à la vie à Tokyo ?

LT : «Ce n'est pas facile, mais j'aime beaucoup Tokyo, je trouve que c'est une ville fascinante, et ce qui me fascine de cette ville, c'est que d'un quartier à l'autre, on fait un voyage. Les quartiers ne se ressemblent pas. Quand on passe d'un quartier à l'autre, c'est comme si on passait d'une ville à l'autre. J'aime beaucoup l'architecture en partant, alors je suis absolument comblée ici. Mais je trouve la barrière de la langue très difficile, je trouve que les Japonais parlent très peu l'anglais, et puis le français, eh bien, on n'en parle pas. J'aimerais pouvoir communiquer plus avec les gens. Je suis une personne curieuse. J'ai été journaliste dans ma vie et je le suis encore un peu en dedans de moi. J'aime entrer en contact avec les gens, j'aime apprendre un peu plus, alors je suis un peu frustrée. Mais le travail est formidable, l'équipe ici est formidable, je trouve qu'on a beaucoup de beaux projets sur la table».