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Les perspectives du secteur laitier canadien annoncent une rentabilité soumise à certaines pressions

FAC ,

L’équipe de l’Économie agricole de FAC jette un regard de mi-année sur nos perspectives de janvier 2018.

Dans nos prévisions de janvier, nous n’avions pas anticipé les problèmes de rentabilité auxquels serait confronté le secteur laitier canadien pendant la première moitié de l’année 2018. Nous prévoyons que les marges bénéficiaires pour les cinq provinces visées par l’Accord sur la mise en commun du lait dans l’Est (le P5) devraient être proches de l’équilibre ou légèrement négatives pour le reste de l’année 2018 (prévision établie à partir du coût de production moyen de l’industrie et de la teneur en matières grasses du lait). Les marges dans les provinces visées par la mise en commun du lait de l’Ouest devraient être légèrement supérieures au coût de production pour le reste de 2018. Les perspectives de rentabilité des provinces visées par la mise en commun varient en raison de la proportion de lait de transformation par rapport à celle de lait de consommation.

Retour sur l’année 2018

Dans les quatre premiers mois de 2018, la production de matières grasses butyriques a augmenté de 6 % par rapport à l’an dernier. Cette expansion de la production a augmenté les revenus totaux et a fait diminuer le prix du lait. Les cours mondiaux de la poudre de lait écrémé sont restés à des planchers historiques et, selon les projections de l’USDA (en anglais seulement), il semble qu’il y ait peu de chance que la situation change pour le reste de l’année 2018. De janvier à mai 2018, le prix moyen du lait a perdu jusqu’à 3 % de sa valeur comparativement à la moyenne de 2017. L’accroissement du prix de soutien du beurre en vigueur le 1er septembre augmentera le prix du lait payé aux producteurs.

Les stocks de beurre sont en augmentation constante depuis le milieu de l’année 2015 et ils atteignaient 43 000 tonnes en mai, dépassant ainsi la cible de l’industrie, établie à 35 000 tonnes. La mise en place de mesures de limitation de la production (p. ex. réduction du nombre de journées additionnelles de production, diminutions de quota) dans la seconde moitié de 2018 permettront de mieux adapter l’offre aux besoins du marché. Ceci devrait aider à maintenir le lait à un prix supérieur quoiqu’il soit difficile de prévoir l’évolution des prix puisque l’on ignore dans quelle mesure le rythme de croissance de la consommation évoluera par rapport aux changements dans la production laitière effective. Nous estimons que les coûts de production ont augmenté en moyenne de 3 % à 4 % au cours de la première moitié de l’année 2018 par rapport à l’an dernier, ce qui s’explique principalement par la hausse des prix de l’alimentation animale et de l’énergie et les frais d’intérêt. Les coûts de l’alimentation animale devraient baisser pendant la seconde moitié de 2018.

Les prix au détail des produits laitiers canadiens ont diminué de 0,5 % entre juin 2017 et juin 2018. Les prix au détail du beurre et du fromage ont reculé davantage — diminuant de 4 % et 2 % respectivement — pendant la même période. Cette faiblesse a permis d’améliorer les prix des produits laitiers comparativement à de nombreux produits alimentaires. L’inflation globale a grimpé de 2,5 % au Canada et l’inflation des prix des aliments a augmenté de 1,4 % au même moment. 

La consommation de produits laitiers continue d’afficher une tendance positive. La consommation de fromage et de yogourt a connu une croissance oscillant entre 2 et 4 % dans les trois premiers mois de l’année 2018. Le marché du lait de consommation demeure stable et la demande de beurre poursuit sa progression avec une croissance annuelle de plus de 4 %.

Les taux d’intérêt augmentent lentement alors que le huard oscille autour de 0,78 $ US

Les forces du marché mondial ont largement contribué à la compétitivité et à la rentabilité des secteurs agricoles canadiens en 2018 jusqu’ici – de même que plusieurs facteurs macroéconomiques – et bien que nos prévisions en janvier n’aient pas toutes été exactes, elles ont aidé à expliquer ces tendances.

Notre prévision en janvier d’un huard à 0,78 $ US était exacte jusqu’à la mi-juin (voir l’illustration). Mais l’économie canadienne est dépendante de la vigueur des secteurs d’exportation. Les tensions commerciales, qui exercent actuellement une pression à la baisse sur le dollar canadien, pourraient faire baisser le huard sous la moyenne de 0,78 $ prévue pour 2018.

Prévisions de janvier de l’Économie agricole de FAC pour 2018…

Nous avons toutefois sous-estimé la vigueur de l’économie mondiale et la robustesse de la demande mondiale de pétrole qui en a découlé : malgré la hausse de la production pétrolière aux États-Unis, le prix du pétrole brut de la West Texas Intermediate (WTI) s’est établi en moyenne à environ 65 $ US, soit beaucoup plus que notre projection initiale de 55 $ US.

La Banque du Canada a révisé ses projections relatives à la croissance économique du Canada pour 2018 depuis nos perspectives de janvier. La Banque prévoit un taux de croissance plus lent, mais que l’économie fonctionnera presque à plein régime cette année. Les tensions inflationnistes persisteront, quoique plus élevées que notre prévision de 2,0 %, ce qui correspond à la cible médiane de la Banque.

Nous avons aussi anticipé de façon précise les taux à court terme plus élevés aux États-Unis et au Canada qui ont fait augmenter les rendements des obligations. Le taux moyen de 5 ans fixe sur les hypothèques a grimpé de 35 points de base au cours des six premiers mois de 2018, conformément à notre prévision d’une progression annuelle de 75 points de base.

Après les hausses du taux de financement à un jour en janvier et en juillet (de 25 pdb chacune) les marchés financiers laissent entrevoir la possibilité d’une autre hausse d’ici la fin de 2018. Nous croyons toutefois que la Banque du Canada pourrait avoir de la difficulté à relever une nouvelle fois les taux compte tenu de l’incertitude actuelle du paysage économique et commercial mondial.

Facteurs à surveiller

  • Les investissements soutenus de l’industrie dans la capacité de transformation afin de commercialiser des produits novateurs contribuent à l’augmentation de la demande de lait.
  • L’environnement commercial mondial sera incertain jusqu’à la fin de 2018 :
    • Les discussions dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivront (sans date de fin déterminée);
    • La pleine ratification de l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) est en cours;
    • La mise en œuvre complète de l’Accord économique et commercial global (AECG) est conditionnelle à la ratification par les membres de l’UE.

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

 

Jean-Philippe Gervais