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La revanche des « hurluberlus » alimentaires

Sylvain Charlebois ,

Sylvain Charlebois

Qu’est-ce que les célébrités Carrie Underwood, Venus Williams, Ellen DeGeneres, Stevie Wonder, Woody Harrelson et Ariana Grande partagent en commun ? Elles sont toutes végétaliennes et fières de l'être ! De plus en plus, les végétaliens s’affichent sur la place publique et nous assistons pratiquement à une parade de « coming out » alimentaire.

Au Canada, nous avons aussi notre lot de vedettes végétaliennes : Bryan Adams, Alanis Morissette, K.D. Lang et plusieurs autres. Nous estimons maintenant le nombre de végétaliens à 900 000 au Canada. Ce qui équivaut à peu près à la population de la Nouvelle-Écosse. Mais le mouvement du végétalisme ne s’arrête pas là. Selon une étude publiée par l’Université Dalhousie, plus de 52 % des végétaliens au pays ont moins de 35 ans. Donc, selon toutes vraisemblances, ce mouvement prendra de l’ampleur et l’industrie agroalimentaire s’adapte du mieux qu’elle peut.

À Toronto, cette tendance ne passe pas sous silence, puisque la ville possède maintenant sa  « Mecque du végétalisme », le quartier Vegandale, où l’on retrouve plusieurs restaurants véganes. Vegandale se vante d’être un endroit où l’entièreté de sa clientèle possède un sens éthique aigu, tout en ayant faim. D’autres villes comme Chicago, New York et Los Angeles ont fait, ou feront un peu la même chose dans les prochains mois. Ces initiatives auraient été impensables seulement quelques années plus tôt. 

Les jeunes représentent un véritable raz-de-marée pour le secteur agroalimentaire. Ils arrivent sur le marché avec un registre tout à fait différent des autres générations. L’internet faisant partie de leur quotidien depuis l’enfance, l’information qu’ils assimilent sur l’alimentation provient de partout. Contrairement à leurs parents, les jeunes doutent de tout en alimentation et s’invitent à découvrir des plats, mais aussi de la cuisine moins connue du grand public. De plus, un nombre grandissant de consommateurs se sentent interpellés par leurs valeurs en regardant leur assiette. Bien-être animal, environnement, santé, tout y passe. Par exemple, si quelqu’un aime les animaux, peut-il vraiment manger de la viande ? Ou peut-il vraiment déguster un steak, sachant qu’il faut abattre un animal de façon précoce ? La moralité des faits et gestes se fait de plus en plus scruter à la loupe.

Avec le temps, les jeunes deviendront plus influents au sein de notre économie. D’ailleurs, élever des enfants au sein d’une famille végétalienne aurait été une pratique jugée plutôt irresponsable au cours des dernières décennies. Les règles du jeu en alimentation changent et avec l’arrivée du nouveau guide alimentaire canadien cet automne qui portera une attention particulière à la consommation de fibres, la situation ne cessera de se corser pour la protéine animale.

Les changements ne s’arrêtent pas là. En restauration rapide, nous assistons à certaines transformations qui jusqu’à tout récemment semblaient totalement farfelues. Par exemple, chez McDonald on peut maintenant facilement commander un Big Mac sans viande. McDonald, pourtant connu pour son appui inconditionnel envers la viande canadienne depuis des années, offre du pain, de la salade, une tomate et un peu de sauce, pour quelques dollars et calories de moins. De son côté, A&W a lancé son « Beyond Burger » avec beaucoup de succès. Dans quelques restaurants, selon certains rapports, les ventes du « Beyond Burger », un hamburger sans viande, dépassent celles du « Teen Burger », le meilleur vendeur chez la chaîne canadienne.

Les entreprises agroalimentaires en démarrage qui veulent offrir un produit végane se bousculent auprès des investisseurs. Et de l’argent, il n’en manque pas. Jus, collations, fromages véganes, tout semble possible. La section végane dans les supermarchés prend de l’ampleur. Dans certains cas, l’espace réservé aux produits véganes a doublé en deux ans.

Très intéressant tout cela, mais le hic provient du fait que le végétalisme se perçoit encore par plusieurs comme un culte réservé aux hurluberlus. Le mot « végane » fait toujours réagir, d’une façon ou d’une autre. Mais au-delà des préjugés et des attitudes, le végétalisme prend de plus en plus de place, faute de ne pas avoir accès à une viande fabriquée en laboratoire. Mais la viande in vitro apporte aussi son lot de problèmes.

Bref, si vous trouvez que le végétalisme relève du ridicule, vous allez devoir prendre votre mal en patience. Si personne n’est pas déjà végétalien dans votre famille, ça s’en vient.