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L'UPA se serait-elle payée notre tête?

Roméo Bouchard ,

Roméo Bouchard

Un mois après l'Accord États-Unis-Mexique-Canada, et la visite en grande pompe des quatre partis politiques aux locaux de l'UPA pour sauver la gestion de l'offre et des milliers d'agriculteurs en péril, nous disait-on, force est de se demander si on ne se serait pas payé notre tête.

 

On y a cru! Pourtant, malgré une brèche supplémentaire qui, selon la plupart des experts, menace sérieusement l'avenir de cette fameuse gestion de l'offre à moyen terme, l'UPA ne semble pas du tout nerveuse. Elle négocie tranquillement avec Ottawa "pour trouver les meilleures façons de s'adapter aux nouvelles conditions créées par l'Accord", à savoir, selon toute vraisemblance, les compensations et la réciprocité des normes; elle ne préconise aucune mobilisation massive de ses troupes; elle n'envisage aucune réforme, pourtant essentielle aux yeux de beaucoup d'intervenants et du célèbre rapport Pronovost, pour assurer une pleine efficacité à ce système qui a mal vieilli et contribue de plus en plus à la concentration et à l'uniformisation de la production.

Le triste spectacle des fédérations de l'UPA, qui ont défilé récemment devant la Régie des marchés pour s'opposer à l'élargissement de la production de proximité hors quota réclamé par l'Union paysanne, en est une manifestation de plus.

Tout se passe comme si l'UPA -on s'en doutait un peu- ne voyait pas d'un si mauvais oeil que la production industrielle tournée vers les grands marchés, qu'elle favorise ouvertement depuis le début des années 1990, s'insère de plus en plus dans les règles de compétition mondiale et délaisse le protectionnisme de plus en plus décrié de la gestion de l'offre. Le tout en douceur, pour ne pas déclencher une vente massive des quotas et un rappel des prêts banquiers auxquels ils servent de garantie.

D'ailleurs, les grandes coopératives soutenues par l'UPA, comme la Coop fédérée, Olymel, Agropur, Natrel, ont déjà fait résolument le saut dans cette course aux marchés mondiaux et à l'intégration mondiale en achetant des entreprises un peu partout au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, à la satisfaction de leurs actionnaires agriculteurs, et en favorisant de plus en plus l'exportation de notre production agricole. N'oublions pas qu'on pourrait sacrifier les quotas (la gestion de l'offre) sans pour autant perdre le contrôle de la mise en marché collective, qui demeure -on l'oublie trop souvent-, grâce aux prélevés qui y sont attachés, la vache à lait des syndicats et fédérations de l'UPA qui en ont la gestion exclusive.

L'air de rien, en optant pour la multinationalisation, c'est le contrôle sur notre agriculture et la possibilité de développer une agriculture écologique de proximité qui nous échappent toujours plus. Notre autosuffisance alimentaire, qui est passée de 80% à 30% au cours des 30 dernières années, risque de diminuer encore davantage, et l'espace pour les petits producteurs et les nouveaux paysans, de se rétrécir également, physiquement, financièrement et politiquement.

Tout ça au moment où la transition écologique exigerait une relocalisation majeure de la production et de la distribution alimentaire pour éviter l'orgie de transport d'aliments « étranges » qui sévit en ce moment, et réduire l'empreinte écologique et sanitaire de ce type d'alimentation.

Du pain sur la planche pour le nouveau ministre de l'Agriculture...mais l'UPA ne va sans doute pas tarder à s'occuper de son éducation!