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Il va falloir apprendre à se vendre !




Yan Turmine
L’annonce au début mai que huit grandes chaines d’épicerie allaient arrêter d’acheter d’ici 2022 des produits provenant d’élevages qui gardent les truies en cages, est un changement non seulement majeur pour la production porcine, mais aussi pour l’ensemble de l’agriculture. Olymel qui est un des grands transformateurs de viande au Canada, Tim Horton, McDonald et Burger King ont déjà annoncé qu’ils arrêtaient de s’approvisionner en produits provenant d’élevages qui garderont les truies en cages. Ces annonces font en sorte que les producteurs doivent dès maintenant songer sérieusement à changer leurs méthodes de production. Et c’est tout un changement qui va représenter des millions d’investissements au niveau de la production et à un moment où la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Et à un moment où l’aide de l’état est plutôt en baisse. De plus les délais pour s’adapter sont plus ou moins clairs : 2022 c’est loin ! Mais pour les chaines de restauration rapide qui ont déjà pris la décision, comment vont-elles s’approvisionner en bacon, un produit dont la production est concentrée dans quelques usines et qui impacte pratiquement la totalité de la production. Ces exigences de la part des acheteurs, et non les moindres, vont ouvrir des fenêtres d’opportunités qui risquent de lancer une course aux parts de marché. Les délais d’adaptation ne voudront pas dire grand-chose si les acheteurs trouvent ce qu’ils veulent plus rapidement, et ce nouvel approvisionnement ne proviendra pas uniquement du Québec ou du Canada.
Cet événement annonce possiblement une nouvelle ère en agriculture chez nous, inquiétante diront certains, souhaitable diront d’autre. Dans le passé et encore aujourd’hui c’étaient les producteurs et les gouvernements qui décidaient les façons de produire. Les détaillants s’approvisionnaient afin de répondre en quantité et en variété aux consommateurs. Il était rare au Canada que les détaillants ou la restauration imposent une façon de produire qui affecterait l’ensemble de l’industrie. Les détaillants sont à l’écoute de leur clientèle qui depuis un bon moment veut de la variété, mais qui maintenant veut en savoir plus sur ce qu’elle mange, d’où cela provient, et qui le produit. L’explosion dans les médias de ce qui concerne la bouffe est assez révélatrice de l’intérêt du public. Si vous voulez avoir une bonne cote d’écoute, parlez de bouffe, si vous voulez avoir un succès en librairie écrivez sur la bouffe.
Le plus inquiétant dans tout cela c’est l’ignorance du grand public et des médias dans les villes de la production agricole. Cette ignorance alimentée d’une part par des clichés sur la production et d’autre part par une marginalisation dans notre société du monde rural, fait en sorte qu’il est facile difficile d’avoir des arguments logiques sur les désirs du consommateur. La production agricole était habituée de discuter sur des bases logiques et scientifiques lorsque le gouvernement voulait imposer une réglementation. Même si des fois on trouvait cela difficile, cela n’est rien comparé aux demandes des grandes chaines et de l’opinion public. La discussion ne se fait plus en comité restreint, mais en plein jour à travers les grands médias, l’objectif convaincre l’opinion public.
Malheureusement le monde de la production agricole s’est tenu loin des médias grand public, et n’est pas près de négocier des enjeux de production à travers ceux-ci. Certains efforts ont été faits, les portes ouvertes à la population que l’UPA organise chaque année sont des efforts plus que louables, mais cela va en prendre beaucoup plus. Les producteurs ont dans le passé dépenser des dizaines de millions pour vendre leurs produits à travers des campagnes de publicité, il va falloir maintenant penser à vendre les producteurs et leur production.

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