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La Chine joue « cochon »

Sylvain Charlebois ,

Les sanctions imposées par la Chine ont commencé avec le canola, puis les pois et le soya, mais voilà maintenant qu’on y ajoute le porc. Cette semaine, les autorités chinoises ont décidé de donner du fil à retordre au Canada en exigeant de nouveaux documents aux exportateurs de porc. Depuis quelque temps, la Chine met le blâme sur le Canada pour toute sorte de raisons, par exemple la salubrité, la mauvaise documentation, etc. Depuis l’arrestation de Meng Wenzhou, la fille du fondateur d’Huawei à Vancouver en décembre, les choses vont de mal en pis. On assiste à l’une des pires démonstrations diplomatiques depuis très longtemps et la Chine a jeté cette fois-ci son dévolu sur les producteurs agricoles canadiens.

Avec l’imbroglio qui affecte le porc maintenant, l’ensemble des provinces se sent interpellé par la situation avec la Chine. La diminution des exportations de Canola et de pois affectait principalement les Prairies, celle du soya l’ensemble du territoire, mais celle du porc frappe le Québec de plein fouet. Le Québec produit près de neuf millions de porcs chaque année, pratiquement la moitié de la production canadienne. Plus de 75 % de l’élevage de porc canadien se fait dans trois provinces, le Québec, l’Ontario et le Manitoba. Le Québec exporte près de 70 % de sa production à l’extérieur. En effet, plus de 50 % du porc canadien exporté provient du Québec et 19 % des exportations agroalimentaires québécoises émanent de la filière porcine. Si le Québec ne se sentait pas imploré par la situation chinoise, il la ressent maintenant. Cela ne résulte pas du hasard, car le canola et le porc sont deux denrées qui symbolisent le Canada et sont produites par les deux provinces les plus populeuses du pays. Deux stratégies qui font mal à l’agriculture canadienne.

Ottawa persiste et signe avec sa rhétorique de la science et du gros bon sens, tout en offrant des termes allégés de financement pour les producteurs affectés.

L’arrestation de Wenzhou a carrément insulté le peuple chinois. Ottawa a toujours insisté pour dire qu’il n’y avait aucune intention politique sous-jacente à son arrestation et que la décision d’incarcérer madame Wenzhou découlait de notre volonté de suivre la loi à la lettre. Bien sûr, l’affaire SNC-Lavalin qui a fait le tour de la planète et terni la réputation du gouvernement Trudeau offre à Pékin une occasion inouïe d’agir.

Ce que notre gouvernement ne semble pas comprendre c’est qu’il s’agit de la Chine. Un pays sans élection qui profite d’un régime économique centralisé et planifié. L’État règne en maître et agit selon ses besoins et celui de son peuple. La décision de la Chine pour le porc envoie un signal particulièrement accablant, puisque la Chine vit une crise biosécuritaire avec l’épidémie de la fièvre porcine africaine. Selon certains rapports, la Chine a dû abattre plus d’un million de bêtes depuis quelques mois. La Chine a besoin de porc, de notre porc. Malgré cela, le pays décide de nous bouder. Puissant comme geste. En quelque sorte, si Pékin juge qu’il faut agir pour l’honneur, les Chinois obtempèrent tout simplement. Ce genre de raisonnement ne semble pas bien compris par Ottawa.

Certains souhaitent voir Ottawa sévir et faire la même chose. Mais le Canada ce n’est pas la Chine et encore moins les États-Unis. Une rivalité existe entre ces deux pays, mais avec le Canada il n’y a tout simplement pas de rivalité. Les peines du Canada ne risquent pas de se terminer sous peu. Les États-Unis et la Chine entretiennent des pourparlers sérieux pour conclure une entente commerciale importante. Si une signature intervient, certains tarifs entre les deux pays pourraient disparaître et la Chine pourrait allonger sa liste de produits canadiens ciblés par des embargos. Le homard fera bien sûr partie de cette liste.

Depuis plusieurs mois, nous n’avons toujours aucun ambassadeur en Chine, la deuxième plus grande économie du monde. Une autre insulte évidemment. Le gouvernement semble incapable de réaliser à quel point le commerce international s’associe aux politiques externes surtout pour la Chine.

Avec l’affaire Wenzhou, le gouvernement est vraiment mal pris, puisque sa libération affecterait la relation du Canada avec ses voisins du sud. À moins d’un changement de gouvernement à l’automne, la situation risque de perdurer encore très longtemps. En attendant, la conjoncture nous rappelle à quel point nous dépendons de nos exportations de produits primaires. Le canola, les pois, le soya, le porc et encore. Outre les compensations financières, le gouvernement devrait penser à l’innovation dans le secteur de la transformation et développer d’autres marchés.