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Arrêtons de nous raconter des menteries! - Jean Garon

Jean GARON,

Au cours des neuf années où j’ai été ministre de l’Agriculture, des pêches et de l’alimentation du Québec, j’ai eu l’occasion de rencontrer les ministres de l’Agriculture de plusieurs pays différents comme la France, la Corée, la République Dominicaine, l’Ukraine, l’Islande, etc. À chaque rencontre, chacun me demandait où nous en étions dans notre autosuffisance alimentaire et chacun me disait avec fierté quel taux il avait atteint. Il ne me parlait jamais de souveraineté alimentaire parce qu’eux ils étaient indépendants et qu’ils avaient la juridiction complète sur leur agriculture, leurs pêches et leur alimentation. C’est pourquoi ils parlaient d’autosuffisance, c’est-à-dire de leur consommation totale de produits agricoles et alimentaires et de leur production totale pour exprimer leur niveau d’autosuffisance. Ils n’avaient pas besoin de parler de souveraineté alimentaire parce qu’ils étaient entièrement souverains, ils n’avaient pas besoin de se faire croire qu’ils étaient souverains parce que c’était évident.


Nous, au Québec, c’est encore l’inflation verbale. Nous ne sommes pas souverains parce que l’agriculture est une juridiction partagée entre le Québec et Ottawa selon la Constitution du Canada.


Pour avoir une juridiction totale, complète sur l’agriculture et les pêches, il faudrait que nous soyons indépendants, c’est-à-dire ne pas être obligés de téter le Fédéral, parce que nous avons deux fois décidé de rester soumis au Fédéral plutôt que d’être souverains et de décider nous-mêmes de nos politiques dans l’agriculture, les pêches et l’alimentation. Et dans mon esprit et dans l’esprit de tous les pays du monde, la souveraineté alimentaire, c’est le fait des pays qui ont eu le courage de déclarer leur souveraineté, c’est-à-dire la souveraineté de leur pays. Une porte est ouverte ou fermée, elle ne peut pas être ouverte et fermée en même temps. Par conséquent, la souveraineté alimentaire ne peut être réalisée que par un pays souverain, c’est-à-dire qui a décidé d’être souverain et indépendant.
Si nous décidons que le Québec est souverain, cela veut dire que nous pouvons décider de toutes nos politiques agricoles, des pêches et de l’alimentation et que nous serons responsables de notre souveraineté alimentaire. En attendant, nous devrions cesser de penser ou de nous faire croire que nous sommes souverains, parce que nous sommes sous la tutelle du gouvernement fédéral qui décide en fonction de ses intérêts et non en fonction du Québec.


Un jour, à une conférence fédérale-provinciale, j’avais justement demandé à Monsieur Whelan, alors ministre de l’Agriculture du Canada, en présence du premier ministre Pierre Elliot Trudeau et de Monsieur René Lévesque, premier ministre du Québec, alors qu’il me parlait de la ferme moyenne canadienne pour les fins de l’assurance-stabilisation des revenus au Canada, quel était le modèle de la ferme moyenne qu’il utilisait pour les fins de calcul des coûts de production: de la ferme moyenne de l’ouest, de la ferme moyenne de l’Ontario, de celle du Québec ou de celle des Maritimes puisqu’il s’agit de quatre fermes différentes. Monsieur Whelan n’avait jamais pu répondre à cette question. Il en était incapable parce que c’était impossible; chacune de ces quatre fermes avaient des moyennes différentes parce qu’elles sont vraiment différentes.


C’est pourquoi, parler de souveraineté alimentaire du Québec, cela voudra dire quelque chose quand nous aurons la souveraineté, c’est-à-dire l’indépendance, autrement ce n’est que du ``pétage de bretelles``. Lorsque nous serons souverains après en avoir décidé ainsi, il sera possible d’en parler parce que nous serons entièrement responsables de toutes nos politiques. En attendant, nous sommes seulement une province et nous n’assumons pas de souveraineté alimentaire.


Pour rejoindre Jean Garon: jeanrgaron@videotron.ca

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