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Trouver de la main-d’œuvre, une question de survie !

Yan TURMINE, agr. ,

La main d’œuvre est de plus en plus difficile à trouver. Avec l’approche du printemps, le casse-tête d’engager du personnel recommence pour plusieurs entreprises agricoles. Plusieurs se tournent vers la main-d’œuvre étrangère. Pour ceux qui trouvent de la main-d’œuvre locale, plusieurs attendent de voir l’impact des nouvelles normes de l’assurance chômage.
Il n’y a pas que le secteur agricole qui connait des difficultés de recrutement. Plusieurs autres secteurs économiques sont en pénurie. De plus, on retrouve cette difficulté de recrutement non seulement au niveau des fermes, mais aussi des entreprises d’intrants et des entreprises de transformation de produits agricoles.
Plus de 8000 travailleurs étrangers sont engagés sur les fermes Québécoises durant la période estivale
Le recours à une main-d’œuvre étrangère temporaire est donc une solution vers laquelle plusieurs entreprises se tournent. Cette solution semble d’ailleurs de plus en plus populaire : Plus de 8000 travailleurs étrangers sont engagés sur les fermes Québécoises durant la période estivale. La main-d’œuvre étrangère doit cependant être là uniquement pour palier à un manque de main-d’œuvre, et non une façon de réduire les couts de production par l’embauche d’ouvriers étrangers moins bien payés. Actuellement, les organismes qui s’occupent de ces embauches suivent et respectent des règles strictes en matière de conditions d’emploi.
Le risque de voir apparaitre des firmes de placement aux pratiques douteuses est bien présent
La popularité de ce type de travailleurs, la tentation de faire comme aux États Unis où la main-d’œuvre d’émigrants travaille dans des conditions qui frôlent l’esclavage, met de la pression sur le système d’embauche des travailleurs étrangers. Le risque de voir apparaitre des firmes de placement aux pratiques douteuses est bien présent. Le problème de main- d’œuvre deviendra dans les prochaines années le problème numéro un de l’ensemble de la filière agricole. Il est déjà une question de survie pour beaucoup d’entreprises. La main-d’œuvre étrangère n’est surement pas la solution. Nos entreprises pour faire face à ce défi doivent continuer à s’automatiser, la main d’œuvre existante doit être mieux formée, et doit avoir accès à de la formation continue. Nous devons faire plus avec les ressources humaines que l’on a. Il faut être plus productif et vivre dans un environnement de plus grande productivité. Nos gouvernements, nos organismes parapublics et l’UPA doivent revoir leurs interventions. Celles-ci ne doivent pas augmenter la pénurie de main-d’œuvre, elles doivent plutôt la régler.
Souvent les aides et programmes gouvernementaux entrainent du double emploi dans certains secteurs ce qui crée encore plus de pression sur la main d’œuvre. La première entente sur les services-conseil fut un bon exemple : Sous prétexte de service non lié versus lié, on a mobilisé des ressources humaines dans des secteurs où il avait déjà beaucoup d’offres de service. On a créé en plus des programmes d’aide aux producteurs qui excluaient une bonne partie des services-conseils, engendrant ainsi une pénurie de main-d’œuvre. Il aurait été plus simple et plus efficace d’ouvrir ces programmes d’aide à l’ensemble des services-conseils, quitte à mieux encadrer et à renforcir leurs services.
Certains règlements accroissent aussi la charge de travail des entreprises en paperasse et mobilisent une main d’œuvre qui serait plus utile dans d’autres tâches. On a qu’à penser à tous les permis qu’il faut avoir : au PAF (Plan Agro Environnemental), aux normes liées à la qualité de nos produits, à notre environnement, au travail. La plupart de ces règlements sont nécessaires, mais souvent ils mériteraient d’être modernisés et allégés dans leurs applications.
Il n’y a pas de solution miracle pour régler ce grave problème de pénurie de main-d’œuvre, c’est une meilleure concertation entre les différents intervenants et une multitude d’actions qui parviendra à résoudre le problème.