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Une autre méga-ferme au Centre-du-Québec

Sebastien Lacroix ,

Un deuxième projet de méga-ferme laitière a été soumis au processus de consultation du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) en moins d’un an dans le MRC de Bécancour, au Centre-du-Québec.

Après la Ferme Drapeau, à Sainte-Françoise, au printemps 2019, c’est au tour de la Ferme Sainte-Sophie, à peine 15 kilomètres plus loin, de souhaiter augmenter son troupeau au-delà de ce que le permet la Loi sur la qualité de l’environnement.

Une demande qui avait passé comme une lettre à la poste dans le cas de la Ferme Drapeau, alors que personne n’avait demandé d’audiences publiques. Ce qui pourrait être la même chose pour la Ferme Ste-Sophie. Seulement deux citoyens ont pris la parole lors de la séance publique d’information du 11 février dernier et il ne semble pas y avoir de contestation qui se dessine.

D’un troupeau d’un peu plus de 1000 bêtes, dont 600 vaches en lactation, l’entreprise familiale prévoit passer à 1700 unités animales et traire 1000 vaches d’ici les cinq prochaines années. La demande s’échelonne en trois phases, sur 20 à 25 ans, pour porter le cheptel à 2700 unités animales dont 1600 en lactation.

Si l’entreprise a bel et bien l’intention de réaliser la première phase, rien n’est moins sûr pour les deux autres.  Ce qui devrait tout de même lui permettre de demeurer l’une de plus grosses fermes laitières au Québec. « On a toujours été dans le top-10 et je pense qu’on va le rester », a indiqué Roger Beaudet, en entrevue à La Vie agricole.

C’est que tant qu’à investir une somme de 200 000 $ pour présenter le projet devant le BAPE, ils ont décidé d’aller chercher le maximum de ce que permet la réglementation au Québec. Sans quoi ils auraient dû opérer sur deux sites à une distance minimale de 150 mètres. Ce qui n’était pas optimal, autant pour le transport des vaches que pour les coûts engendrés par le dédoublement des équipements.

Roger Beaudet ne s’est d’ailleurs pas gêné pour critiquer la réglementation en vigueur au Québec, qu’il a qualifié de l’une des plus sévères. « On a tellement de bâtons dans les roues. En Ontario, tu fais une demande et au bout de deux mois tu as une réponse. Tu as du terrain, tu défais le mur et tu allonges ton étable. C’est choquant. Parce que l’Ontario, ce sont des concurrents un petit peu, a-t-il fait valoir. Tu sais, les 200 000 $ que je mets pour le BAPE, je ne l’ai plus pour acheter du quota ou du terrain. »

Pas de compétition entre fermes

Celui qui a repris la ferme de son père et travaille avec son frère et leurs fils, estime que la présence des grosses fermes comme la sienne n’aura pas d’impact sur les plus petites. Il souligne qu’elle permet de produire le 10% de quota que l’UPA a permis aux producteurs de mettre en vente.

« Nous autres on faisait 400 kilos et ils nous donnaient 40 kilos. On le faisait. Le gars qui avait 40 kilos, ils lui ont donné 4 kilos. Il mettait ça à vendre parce qu’il ne le faisait pas. C’est comme ça qu’on est parti de 400 kilos et qu’on est monté à 800, se souvient-il. Il n’y a pas de petites fermes qui sont mortes pour ça. Si tu ne le produis pas, fais-le faire à d’autres, la demande est là. »

Il ne voit pas non plus la Ferme Drapeau comme un compétiteur. « Ce sont nos cousins. Je dirais plus que ce sont des partenaires que des compétiteurs, indique Roger Beaudet. On s’est fait des ententes entre nous autres pour ne pas faire grimper le prix des terres. On s’est fait un secteur et on respecte ça. »

« La compétition n’est pas entre grosses fermes, poursuit-il. On ne se bat pas pour acheter du quota. Il est là et il est disponible. »

Plusieurs petites fermes réunies sous un même toit

Le secret de la Ferme Ste-Sophie c’est d’être un regroupement de petites fermes familiales qui en a fait une grosse. Ce qui assure de la relève. Puisque la troisième génération est impliquée dans l’entreprise qui compte sept actionnaires de différentes lignées de la même famille. « On est rendu à 14 petits-enfants, souligne Roger Beaudet. L’avenir est là. On a le vent dans les voiles parce qu’on a de la main-d’œuvre familiale. »

C’est souvent le manque de relève qui est le nœud du problème dans plusieurs entreprises. « Que les plus petits ferment, c’est lié au fait qu’ils n’ont pas de relève, croit pour sa part Jonathan Beaudet. Les gens croient que ce sont les grosses fermes qui font fermer les petites, mais ce n’est pas ça du tout. Nous avons tous le même défi. »

Les Beaudet ne croient pas non plus que le modèle américain est à nos portes, avec seulement quelques fermes par comté. « Je ne pense pas. Il y a encore beaucoup de ferme de 100 à 150 vaches. C’est là pour longtemps, mentionne Roger Beaudet. C’est sûr que s’il  faut produire à 60 $ l’hectolitre, même nous autres on va avoir de la misère. »

Pas peur de ces fermes-là

Le préfet de la MRC de Bécancour, Mario Lyonnais, où la Ferme Ste-Sophie et la Ferme Drapeau sont installées, assure qu’il ne craint ce type de méga production. « Il y a de la place pour tout le monde. J’en suis un exemple. J’ai 35 vaches à lait. J’ai ma place autant qu’eux. Je ne me sens pas plus tassé par une ferme comme ça que par une moyenne », analyse-t-il.

« Ça ouvre un potentiel d’achat de terres, mais je ne suis pas inquiet. C’est du positif. Parce que ça fait vivre l’agriculture d’une autre façon », continue le préfet, qui ajoute que ce type de production permet de dynamiser le milieu rural, soulignant que de terres en friche ont été reprises par de grosses fermes qui ont investi pour les remettre en culture.

Silence du côté de l’UPA

De son côté de l'Union des Producteurs Agricoles (UPA) a préféré ne pas répondre aux questions de La Vie agricole relativement à la « dimension » que prend l'agriculture avec ce genre de projets de mégafermes qui risquent d’être de plus en plus nombreux au cours de prochaines années, aux impacts sur le nombre de propriétaires ou s’il s’agit d’une façon d’avoir une agriculture plus performante au Québec.

Près d’une quarantaine de personnes étaient présentes lors de la séance publique d’information. La date limite pour déposer une demande de consultation ou de médiation a été fixée au 27 février par le BAPE.