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Quand l’avenir semble prometteur, les jeunes s’y intéressent ~ Jean Garon

Jean GARON ,

Au début du mois de mars, j’ai eu des demandes d’entrevues à trois postes de radio la même journée. J’ai accepté et ce qui m’a surpris, c’est le sujet de leurs entrevues qui était le même à chacun des postes: le désintérêt des jeunes pour s’établir en agriculture et les difficultés à affronter pour ceux qui pourraient s’y intéresser et voudraient s’établir.


Je me suis rappelé les années passées et les périodes où les jeunes avaient le goût de s’établir et celles où c’était le contraire. Il y a eu quelques cycles différents mais chaque fois les jeunes suivaient l’optimisme du milieu et la valorisation ou la dévalorisation de l’agriculture.


La pire période fut celle avant 1976 où le découragement était partout: les agriculteurs pendaient des veaux et jetaient du lait dans les ruisseaux. Plus tard, à la fin des années 1970, au moment de la loi sur la protection du territoire agricole et de la mise en place de nos programmes de développement agro-alimentaire pour atteindre l’autosuffisance du Québec, tous les CEGEP du Québec voulaient donner une qualification pour le développement de l’agro-alimentaire de leur région. Il y avait de l’enthousiasme partout et chacun voulait participer à ce développement économique. Les jeunes y étaient pour beaucoup parce qu’ils avaient confiance dans l’avenir. Ce qui me surprend quand je regarde ces périodes, c’est que l’U.P.A. générait trop le pessimisme en créant une image misérabiliste des agriculteurs, alors que les agriculteurs voient l’avenir avec généralement plus d’optimisme et que cet optimisme se répand dans le monde agricole.


L’U.P.A. a fait fausse route en voulant mettre l’intégration et la ferme familiale indépendante sur un pied d’égalité sans chercher à faire la promotion et à générer la fierté de la ferme familiale indépendante et efficace. C’est cette ferme qui fait la fierté de l’agriculteur et toutes les politiques agricoles ont été orientées pour la rendre la plus efficace possible. L’intégration établit un modèle agricole différent où l’agriculteur devient un contractuel à qui la coopérative ou l’intégrateur lui dit quoi faire en lui faisant signer un contrat. La fierté de l’agriculteur c’est d’être un entrepreneur à son compte, membre d’un syndicat et d’une coopérative dont il est un membre autonome. La coopérative s’est longtemps vantée de la qualité de ses membres qui étaient des propriétaires autonomes. Et l’U.P.A. comme syndicat se comportait comme un syndicat de patrons qui négociait pour ses membres. C’était un peu la même chose pour la coopérative qui fournissait d’autres genres de services à ses membres. Dans le Terre de Chez Nous du 6 mars dernier, on pouvait lire l’excellent reportage de Martine Giguère sur le “Démarrage d’entreprise réussi pour Caroline Fillion” qui dit “c’est à moi, cette ferme-là” et qui sent la fierté d’avoir réussi à mettre sur pied cette ferme de plus de 8,000 pondeuses après avoir complété son diplôme d’études collégiales (D.E.C.) en gestion et exploitation d’entreprise agricole au CEGEP de Lévis. C’est sur cette base de fierté de la réussite à bâtir son entreprise agricole que se fonde l’agriculture et non sur la signature d’un contrat d’intégration qui fait de l’agriculteur un employé de l’intégrateur privé ou coopératif. L’U.P.A. a choisi la facilité et c’est pourquoi je me demande si le droit de syndiquer les agriculteurs ne devrait pas être réservé aux agriculteurs indépendants propriétaires d’une ferme familiale. C’est cette forme d’agriculture qui génère la fierté d’être un entrepreneur agriculteur autonome. Le modèle de la ferme intégrée participe d’une autre dynamique et le syndicat qui veut regrouper des agriculteurs intégrés devraient négocier pour eux avec leurs patrons intégrateurs privés ou coopératifs. Est-il possible de se dire les vraies affaires au Québec? Et le gouvernement ne peut plus se faire le complice d’une telle affaire en faisant semblant de ne pas voir ce qui se passe. Un peu de courage, s.v.p. Les fonds publics de l’ASRA doivent être réservés à la ferme familiale indépendante pas pour l’intégration qui crée une agriculture de type industriel.


Pour rejoindre Jean Garon: jeanrgaron@videotron.ca