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Ne faudrait-il pas moins produire pour mieux produire?

Yvon PICOTTE ,

Yannick Patelli et Yvon Picotte

Depuis le début du confinement, le gouvernement incite les Québécois à acheter local. Cette incitation à l’achat local notamment pour les Aliments du Québec m’interpelle puisque, tour à tour, tous les gouvernements successifs depuis 1990 se sont mobilisés pour signer des accords de libre-échange avec comme motif qu’ils susciteraient une croissance économique dont celui du secteur agro-alimentaire.

Force est de constater que depuis la fin des années 1980, l’autonomie alimentaire du Québec est passé de 80 % à 30 %. Depuis le présent millénaire, tous les efforts et tous les investissements des années 1980 ont fondu comme neige au soleil. Notre dépendance alimentaire est devenue plus qu’évidente avec plus de 55 % d’importation de fruits et légumes en provenance des États-Unis. Comme c’est le cas actuellement, de telles données démontrent la fragilité de notre sécurité alimentaire. Qui plus est, à l’instar de plusieurs spécialistes, je vous prédis une montée vertigineuse de certains produits alimentaires d’ici les prochains mois.

La crise sanitaire nous permet également de constater que plusieurs secteurs sont très fragiles en cas de ralentissement économique. L’agro-alimentaire québécois souffre énormément de l’arrêt des achats de l’hôtellerie et des restaurants. Les exemples pour illustrer ces pertes ne manquent pas. On n’a qu’à penser au surplus de pomme de terre, aux millions de litres de lait en trop, au nombre considérable de bœufs ou de porcs que les éleveurs ne peuvent vendre.

Cette crise sanitaire permet de découvrir un travers important à la mondialisation : celui de la surproduction. Une surproduction pour atteindre le coût le plus bas, parfois au détriment de la qualité. Bien entendu, plusieurs spécialistes s’entendent pour souligner la dépendance d’un pays à la production étrangère mettant à risque sa propre sécurité, et ce, dans tous les secteurs économiques.

Mais ce qui m’interpelle le plus, c’est la surcapacité qui conduit inévitablement au gaspillage de produits alimentaires. Bien que des syndicats de producteurs donnent leur surplus à des banques alimentaires, je constate à regret que certains producteurs ont atteint le point de bascule. Ils devront se résigner à sacrifier un nombre important de bêtes en raison d’un manque de débouchés. Que penser aussi des producteurs de fruits et légumes en manque de main d’œuvre étrangère!

Autant de questions qui suscitent chez moi un réflexe de politicien : la concertation des parties prenantes est l’essentiel d’une stratégie d’intervention régionale. Par conséquent, j’en appelle à mon Premier ministre pour qu’il s’inspire de ses prédécesseurs et de leurs actions en temps de crise sociale ou de crise économique.

Qu’ont fait Bourassa, Lévesque et Bouchard en des temps difficiles? Ils n’ont pas hésité à réunir les leaders de la société. Il nous faut tenir un Sommet non pas sur la gestion de la crise mais sur la sortie de la crise. Unions municipales, patronat et représentants des syndicats, de groupes sociaux et économiques, tous devront être appelés à y participer. Et pourquoi pas! Y inviter également des représentants des aînés dont la crise démontre la nécessité de mieux les intégrer dans la société. Ces derniers n’ont-ils pas participé à l’évolution de notre société? 

Chaque jour, certains comme des maires font entendre leurs voix et les besoins de leur communauté. Certes, il est louable que le Premier ministre ait demandé à ses poids lourds du gouvernement de se pencher sur la question. Mais notre démocratie a besoin de plus si on veut réussir, ensemble et unanimement, la sortie de cette crise. Comme il l’a si bien fait durant la crise, M. Legault n’a pas hésité à demander à quiconque le souhaitait de contribuer bénévolement. Cette crise fait la démonstration que la contribution de toutes et tous est essentielle pour en sortir.

Des voix s’élèvent un peu partout au Québec pour lancer le débat : ne faudrait-il pas moins produire pour mieux produire?  Chose certaine, le gouvernement ne peut, à lui seul, y répondre. Il doit s’adjoindre les forces vives de notre communauté sociale et économique pour faire, sait-on jamais, une autre Révolution tranquille. Le Québec doit en sortir Plus Fort et Plus Uni que jamais.

Monsieur le Premier ministre, si j’étais à l’Assemblée nationale sur les bancs de l’opposition, je n’hésiterais pas à vous tendre la main pour me joindre à vous afin de tenir, au moment opportun, un tel Sommet.

Maintenant, monsieur le Premier ministre, il vous appartient de répondre quand?