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Les cantines scolaires au Niger: gérer la crise alimentaire, encourager l’éducation



Collaboration Oxfam Québec ( 1 / 2 )
Une grande pauvreté et une insécurité alimentaire forte : voilà deux défis auxquels doit répondre invariablement le Niger. Avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de 680 dollars, ce pays enclavé au cœur du Sahel compte 16 millions d’habitants, parmi lesquels 60% vivent sous le seuil de la pauvreté. L’agriculture de subsistance, qui est en proie à des aléas climatiques préoccupants, est un secteur clé au Niger puisqu’il occupe près de 80% de la population. Mais les pluies déficitaires et les sécheresses récurrentes affectent grandement la production et la qualité de l’alimentation des Nigériennes et Nigériens. Les enfants de moins de cinq ans sont les plus touchés, souffrant de retard de croissance ou de malnutrition chronique. Les enfants d’âge scolaire, et particulièrement les filles, ne sont pas épargnés non plus, le manque de nutrition précipitant le plus souvent leur échec et/ou leur abandon à l’école. Alors que les enfants canadiens fréquentent tous l’école primaire, le taux brut de scolarisation (TBS) au Niger est d’ailleurs l’un de plus faibles au monde, soit 72,9 %, avec un écart considérable entre les garçons (81,9 %) et les filles (63,9 %). Dans ces conditions, comment freiner la faim et encourager les jeunes à occuper les bancs d’école ?
Sur les bancs de l’espoir
Depuis 2006, Oxfam-Québec et son partenaire Action pour un Développement Durable (ADD) ont mis sur pied le projet Nutrition, Agriculture et Santé (NAS), une initiative qui a porté ses fruits dans la région de Tillabéry grâce à une fondation canadienne « Fondation Howick » dont le président est Monsieur André Howick. Dans les cinq écoles des communes de Gothèye (village de Gothèye Quartier, Gari gandji, N’Daye) et de Sokorbé (villages de Kondilly Darey et kondilly Béry) où le projet a été lancé, peu de parents d’élèves disposaient de moyens pour assurer les trois repas quotidiens à leurs enfants. « Cette initiative a été lancée en priorité pour offrir un repas à l’école et lutter contre la malnutrition, mais aussi pour garantir l’égalité de chance et d’accès à tous les enfants en âge d’être scolarisé. L’inégalité dans une société commence bien souvent à l’école, c’est donc une manière d’encourager la scolarisation en générale et celle des filles en particulier et de favoriser les meilleurs résultats scolaires », explique Amadou Boubacar, Président de ADD.
A ce jour, ce sont ainsi 575 000 repas qui ont été distribués aux élèves, enseignants et cuisinières, soit un total de 6 313 personnes à travers le projet. En même temps, le projet a ainsi généré de l’emploi par la création de trente postes de cuisinières, souvent des mères d’élèves, qui en plus de bénéficier de formations pour cuisiner de manière équilibrée et nutritive, concoctent avec plaisir les plats qui seront servis à leurs tout-petits. Riz-sauce rouge, le riz-sauce gombo, le riz-niébé, le niébé-gari, sont quelques-unes des spécialités servis aux cantines – des aliments qui se veulent riches en nutriments et qui sont achetés sur place afin de stimuler le marché local. « Aujourd’hui avec la cantine, même les plus petits désirent aller étudier avec leurs frères parce qu’ils trouvent à manger le midi. Dans notre village, nous n’avons pas l’habitude de faire la cuisine à midi. Tout le village se réjouit de cette intervention et nos enfants s’adonnent aux études», déclare Fati Adamou, mère cuisinière de la cantine scolaire de Komdili Darey.
Et la performance scolaire des élèves dans tout ça ?
« Les résultats de ce projet sont très encourageants et démontrent l’efficacité du concept des cantines scolaires sous une perspective de développement durable » indique Fatima Ibrahima, Représentante d’Oxfam-Québec au Niger. « Nous observons des améliorations réelles quant au bon état de santé des pensionnaires des cantines, à l'assiduité accrue aux cours et à l'évolution progressive des effectifs des élèves » poursuit-elle. Comme quoi, en leur donnant les moyens d’aller à l’école dans des conditions favorables, les enfants montrent un appétit insatiable d’apprendre. Les résultats aux examens du Certificat de Fin d’Études du Premier Degré CFEPD sont également très positifs. En 2011, le taux moyen de réussite aux CFEPD était de 76 %, donc supérieur aux taux moyens des départements avoisinants de la région, soit Téra (51,2 %) et Loga (45,9 %), et les meilleurs résultats globaux de cette même année. Par comparaison, le taux moyen d’admission des écoles sans cantine était de 23 %. « Désormais, les enfants ne veulent pas arriver en retard, et à plus forte raisons s’absenter de l’école » avance Amadou Boubacar. (Suite du sujet en janvier 2013 )